Mali : la Russie exige une normalisation avec l’Algérie

Lors d’une réunion à huis clos, le ton était plus direct que conciliant. Une source proche des discussions le confie. Sergueï Lavrov aurait été très franc avec les autorités maliennes. Trois points clés ont émergé des échanges.

Premièrement, la Russie reconnaît les faiblesses des armées de l’AES. Moscou admet ne pouvoir les combler seule. Deuxièmement, améliorer les relations avec les voisins est indispensable. La CEDEAO et d’autres organisations régionales sont concernées. Troisièmement, une exigence spécifique vise le Mali. Bamako doit normaliser ses rapports avec l’Algérie sans délai. Le retour à l’Accord d’Alger est également requis. Sinon, un retrait progressif russe pourrait survenir.

Ce dernier point est très sensible. L’Algérie n’a jamais accepté la fin unilatérale de l’accord. Bamako l’avait proclamée en janvier 2024. Alger considère ce texte comme le plus légitime. Il représente, selon elle, une base pour une paix durable au Sahel. L’Algérie maintient des canaux de dialogue avec la junte. Elle échange aussi avec les mouvements signataires. Elle appelle constamment à un processus de paix relancé. Sa position est constante. La sécurité de sa frontière sud passe par une solution politique au nord du Mali.

La pression russe intervient dans un contexte difficile. Les forces maliennes subissent des revers récurrents dans le Nord. Une spirale de violences meurtrières s’y poursuit. Sécuriser durablement certaines positions s’avère difficile. Les pertes humaines et matérielles s’accumulent. La pression persiste sur plusieurs axes. Ces difficultés montrent les limites d’une stratégie exclusivement militaire. Bamako avait fait du recours à la force son pilier central. Le dialogue avec les groupes armés avait été négligé. L’hypothèse d’une supériorité militaire suffisante est aujourd’hui mise à l’épreuve.

Le coup de fil impromptu de Goïta à Tebboune est significatif. Il est intervenu après les remontrances russes. Ce geste peut être vu comme un premier signal de décrispation. Il marque peut-être le début de concessions improbables auparavant. Il ne s’agit pas forcément d’un abandon de la lutte armée. C’est peut-être la reconnaissance qu’aucune crise complexe ne se résout uniquement par la force. De nombreuses expériences internationales le montrent. Les conflits longs et larvés trouvent rarement une issue durable. Ils nécessitent un processus politique, des mécanismes de dialogue et des compromis institutionnels.

Le rôle de la Russie mérite une lecture lucide. Moscou apporte un soutien militaire réel. Mais ses considérations stratégiques priment. Quand un conflit s’enlise et que les coûts augmentent, un partenaire extérieur encourage souvent des initiatives diplomatiques. Cela permet de préserver ses intérêts. En poussant le Mali à rétablir les ponts avec l’Algérie, la Russie cherche à stabiliser son investissement. Sinon, celui-ci risque d’être perdu.

Reste à savoir si cette séquence marquera un vrai changement de cap. Ou si elle restera une simple manœuvre tactique. Si le rapprochement avec Alger s’accompagne d’initiatives politiques concrètes, Bamako pourrait amorcer une inflexion stratégique. Dans le cas contraire, le risque est un enlisement prolongé. Le coût humain, sécuritaire et économique serait alors plus lourd pour le Mali et la région.

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