La Russie presse le Mali de renouer avec l’Algérie

Le ton dans le huis clos était moins conciliant et ambivalent, confie-t-on. Lavrov aurait été plus franc et direct avec la partie malienne. Trois points clés ressortent des échanges.

Premièrement, la reconnaissance des faiblesses structurelles des armées de l’AES. La Russie ne peut pas les combler seule. Deuxièmement, la nécessité absolue d’améliorer les rapports avec les pays voisins et les organisations sous-régionales. La CEDEAO est citée. Toute stratégie efficace contre le terrorisme passe par là. Troisièmement, une exigence spécifique adressée au Mali. Il faut normaliser sans délai les relations avec l’Algérie. Il faut revenir à l’Accord d’Alger. Sinon, un retrait progressif de l’engagement russe est possible.

Ce dernier point est particulièrement sensible. L’Algérie n’a jamais accepté la fin unilatérale de l’Accord d’Alger. Bamako l’a proclamée en janvier 2024. Alger voit dans ce texte le cadre le plus légitime pour une paix durable au Sahel. Elle maintient des canaux de dialogue avec la junte et les mouvements signataires. Elle appelle à un processus de paix relancé. La position algérienne est constante. La sécurité de sa frontière sud et son rôle régional passent par une solution politique au nord du Mali.

La pression russe intervient alors que les forces maliennes enregistrent des revers récurrents dans le Nord. Les difficultés à sécuriser certaines positions sont réelles. Les pertes humaines et matérielles s’accumulent. La pression persiste sur plusieurs axes. Cela montre les limites d’une stratégie exclusivement militaire. Bamako a fait du recours à la force le pilier central de sa politique sécuritaire. Le dialogue avec les groupes armés a été négligé. L’idée qu’une supériorité militaire suffirait est mise à rude épreuve.

Le coup de fil impromptu de Goïta à Tebboune suit les remontrances russes. Il peut être vu comme un premier signal de décrispation. Cela marque peut-être le début de concessions jugées improbables. Il ne s’agit pas d’un abandon de la lutte armée. Mais c’est la reconnaissance qu’aucune crise complexe ne se résout uniquement par la puissance de feu. Les conflits longs et larvés trouvent rarement une issue durable sans processus politique. Des mécanismes de dialogue et des compromis institutionnels sont nécessaires.

Le rôle de la Russie mérite une lecture lucide. Moscou apporte un soutien militaire réel. Mais la Russie reste guidée par des considérations stratégiques. Quand un conflit s’enlise et que les coûts augmentent, un partenaire extérieur encourage des initiatives diplomatiques. Cela préserve ses intérêts. En poussant le Mali à rétablir les ponts avec l’Algérie, la Russie cherche à stabiliser un investissement. Sinon, celui-ci risque d’être perdu.

Reste à savoir si cette séquence marquera un véritable changement de cap. Si le rapprochement avec Alger s’accompagne de mesures politiques concrètes, Bamako pourrait amorcer une inflexion. Dans le cas contraire, le risque est un enlisement prolongé. Le coût humain, sécuritaire et économique serait lourd pour le Mali et toute la région.

Précédent

Lavrov rappelle le Mali à ses responsabilités militaires

Suivant

Mali face à ses choix après le rappel de la Russie