Un message de regrets fut transmis au président Félix Houphouët-Boigny. Cette communication concernait des propos tenus sur les ondes. Des responsables de la révolution avaient tenu ces propos. Thomas Sankara demanda d’exprimer ces regrets. Les auteurs étaient de jeunes révolutionnaires. Ils venaient juste de faire leurs entrées. Leur enthousiasme les rendait parfois incontrôlables. Ils parlaient souvent sans instruction hiérarchique. Ces fautes devaient être corrigées progressivement. Des institutions appropriées seraient mises en place. Des responsables expérimentés géreraient alors l’État. Une rencontre scella cette amitié retrouvée. Ils trinquèrent avec des verres de dolo. Cette liqueur de mil symbolisa la réconciliation.
L’euphorie de cet instant permit une ouverture. Un dossier fut sorti d’un cartable. Il concernait Alassane Ouattara. L’évocation de ce nom provoqua une réaction immédiate.
« Ne me parle pas de cet individu »
Sankara formula cette demande catégorique. Son interlocuteur insista pour en parler. Le problème touchait la région. Il concernait aussi la BCEAO. Les ressources de cette institution étaient sous responsabilité ivoirienne. La Côte d’Ivoire devait veiller à leur saine gestion. Le gouverneur ivoirien Fadiga en avait la charge. Un ami commun, Arba Diallo, connaissait cette interdiction.
« Personne ne peut plus prononcer devant moi le nom d’Alassane Ouattara ! »
Sankara s’emporta alors vivement.
« C’est un traitre ! Un traitre non seulement à l’égard de son pays le Burkina Faso mais également un traitre vis-à-vis de toute l’Afrique ! »
Il développa sa pensée avec force. Alassane Ouattara représentait un prototype d’Africain. Les anciens colonisateurs l’avaient disséminé sur la scène internationale. Il travaillait en leur faveur contre les intérêts du continent. Le tapage sur les droits de l’homme compliquait la situation. La prolifération des ONG servait aussi ces maîtres. Cette réalité devait désormais être prise en compte. Sankara confia son for intérieur. Il aurait souhaité une exécution publique. Elle aurait eu lieu au grand marché de Ouagadougou. Une heure de grand rassemblement aurait été choisie.
Cette mise en scène aurait servi d’exemple. Elle visait à éradiquer une mauvaise graine. Le type Alassane Ouattara pullulait dans les États africains. Sankara le qualifia d’ingrat et sans scrupule. Il le traita d’imposteur dénué de sentiment. Ouattara n’éprouvait aucun patriotisme pour son pays. Il n’en avait pas non plus pour l’Afrique. Il était simplement un loyal serviteur. Ses maîtres étaient les anciens colonisateurs. Comme sa génération, Ouattara avait bénéficié d’une bourse. Elle couvrit ses études du lycée Kaboré Zinda. Cette bourse provenait du sacrifice du peuple burkinabè.
Le peuple creusait le sol sec avec un couteau. Il plantait du sorgho et du mil. La commercialisation de ces produits offrait des recettes. Ces recettes finançaient les bourses pour les jeunes. Sankara dénonça un égoïsme profond. Il condamna une ingratitude totale. Il avait appelé tous les compatriotes occupant des hautes fonctions. Ils devaient apporter leur expertise internationale. Le but était de résoudre le problème du développement. Ce défi était continental. C’était un sacrifice pour tous les cadres. Ils devaient exprimer leur reconnaissance au peuple. Le peuple avait consenti des sacrifices pour leurs études.
Les bourses permirent d’étudier dans les meilleurs établissements. Ils acquirent ainsi des diplômes prestigieux. Ces diplômes menèrent à des hautes fonctions internationales. Les conditions matérielles des serviteurs de l’État étaient modestes. Elles ne pouvaient se comparer à celles d’États plus nantis. Tous devaient renoncer à des avantages. Sankara s’engagea à être le premier. Il renoncerait aux avantages de ses prédécesseurs. Les ministres et grands commis devaient aussi faire des sacrifices. Leurs prédécesseurs en avaient bénéficié dans les régimes précédents. Le train de vie de l’État devait s’adapter. La réalité économique présente l’exigeait. La plus belle fille ne peut donner que ce qu’elle a.






