Le 23 septembre 2025, des hommes armés investissent une ferme à Sanankoroba. Ce village rural se situe dans le cercle de Kati, à quarante kilomètres au sud de Bamako. La propriété appartient à Cheikh Ahmed ben Maktoum Al Maktoum. Ce général émirati à la retraite est un membre de la famille régnante de Dubaï. Il vivait au Mali depuis plusieurs années. Il y cultivait des arbres fruitiers, des mammifères domestiques et des oiseaux.
Les assaillants connaissent les lieux et les personnes présentes. Ce jour-là, deux compagnons du général se trouvent sur place. L’un est un Pakistanais, l’autre un employé iranien. Devant le personnel de la ferme, sans violence excessive, ils emmènent les trois hommes dans la savane. Les ravisseurs appartiennent au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Ils disposent d’informations très précises. Cinq jours avant l’enlèvement, deux intermédiaires qu’ils proposeront pour négocier s’étaient entretenus à Tilemsi avec des cadres jihadistes de la région de Gao.
Trente-sept jours plus tard, le 30 octobre 2025, un Gulfstream G450 de la compagnie SkyMark Executive décolle de Bamako vers Dubaï. La libération a coûté au moins 50 millions de dollars en espèces. À cela s’ajoutent 20 millions de dollars de munitions. Ces munitions, entre vingt et quarante tonnes, ont été acheminées par voie terrestre depuis le Tchad. En outre, 75 combattants du JNIM ont été échangés contre 61 militaires maliens. Iyad Ag Ghaly, l’émir du JNIM, a dirigé personnellement les négociations.
Avec cette rançon, il peut verser des primes à toutes les katibas déployées au nord, au centre, à l’est et à l’ouest du Mali, au Burkina Faso, à l’ouest du Niger, et jusqu’à la frontière béninoise. Moins de six mois séparent la libération du 30 octobre 2025 des offensives coordonnées du 25 avril 2026 sur Bamako, Kati, Sévaré, Gao et Kidal. Coordonner quatre théâtres simultanés sur plus de 1 200 kilomètres nécessite des véhicules, du carburant, des munitions, des communications sécurisées, des éclaireurs infiltrés dans les garnisons, et une masse salariale pour fidéliser entre 5 000 et 6 000 combattants, selon une estimation du Comité des sanctions 1267 de l’ONU publiée en 2024.
L’or artisanal, les taxes sur les routes et le vol de bétail fournissent des revenus réels. Ils entretiennent une insurrection rurale dispersée. Mais ils ne financent pas une offensive urbaine multi-théâtre contre la capitale d’un État. La rançon émiratie d’octobre 2025 constitue le budget de l’opération du 25 avril. Ce circuit est documenté depuis au moins 2008. Entre cette date et 2017, les groupes affiliés à Al-Qaïda dans la bande sahélo-saharienne ont perçu près de 150 millions de dollars en rançons, selon le dossier de presse de la Conférence internationale de lutte contre le financement du terrorisme tenue à Paris en avril 2018. Cette conférence était co-organisée par les mêmes États dont les ressortissants et alliés continuent de payer.
Le GAFI, dans son rapport d’octobre 2013 sur le financement du terrorisme en Afrique de l’Ouest, identifiait déjà les rançons et les réseaux de blanchiment comme vecteurs principaux. Les mécanismes de sanction n’ont jamais été appliqués aux payeurs. Depuis, le marché s’est sophistiqué. La cible n’est plus un humanitaire occidental mais un membre de la famille régnante de Dubaï. Le prix a suivi. Human Rights Watch (HRW) a publié en février 2026 son rapport annuel sur le Mali, et 316 pages sur le Burkina Faso en avril. Ces textes documentent avec précision les exactions des FAMa et d’Africa Corps. Ces informations peuvent être réelles et vérifiables.






