Un argument central s’oppose à la reconnaissance du Somaliland. Il concerne la nature des frontières africaines. Ces limites furent établies par les puissances coloniales. La conférence de Berlin de 1884 en fut l’origine. Certains craignent un précédent dangereux. Des frontières artificielles pourraient alors s’effondrer. Ce chaos entraînerait guerres et mutineries. Cette perspective trouve un écho en Afrique. Le président du Dahomey, Suru-migan Apiti, l’a exprimé. Il s’est prononcé lors du sommet de 1964. L’Organisation de l’Unité Africaine siégeait alors au Caire. Une résolution importante y fut adoptée. Elle consacra le principe d’inviolabilité frontalière. Ce principe s’applique aux frontières de l’indépendance.
Des études de 1988 apportent des chiffres. En Afrique, 41% des frontières ne sont pas délimitées. Sur les 59% restantes, un tiers suivent des plans d’eau. Leur nature est diverse et souvent abstraite. Seulement 34% utilisent des cours d’eau ou des lacs. Les reliefs montagneux définissent 13% des tracés. Des caractéristiques géométriques en déterminent 42%. Ces lignes traversent parfois des zones désertiques. Elles ignorent souvent la topographie locale. Un faible pourcentage tient compte des réalités précoloniales. Seulement 11% intègrent des facteurs ethnolinguistiques.
Des intellectuels ont exprimé des inquiétudes. Ali Mazrui en 1993 et Adekeye Adebajo en 2012 ont alerté. Ils ont mis en garde contre ces frontières artificielles. Leur effondrement présenterait un danger réel. Pourtant, une stabilité notable est observable. Les frontières africaines demeurent étonnamment fixes. Cette stabilité s’explique par plusieurs facteurs. Trois quarts de ces limites sont dans des zones peu peuplées. Ces territoires n’ont souvent aucune valeur stratégique. Même les sécessions récentes ont respecté ce cadre. L’Érythrée fit sécession de l’Éthiopie en 1991. Le Soudan du Sud devint indépendant en 2011. Ces nouveaux États ont suivi d’anciennes limites coloniales.
Les séparatistes érythréens revendiquaient des territoires qui constituaient auparavant l’Érythrée italienne.
La commission pour le Soudan du Sud travailla en 2006. Sa tâche principale était de tracer une frontière intérieure. Elle utilisa des documents d’archives et des cartes anciennes. Ces documents dataient d’avant l’année 1956.
Des conflits frontaliers ont bien eu lieu. Le Maroc et l’Algérie s’affrontèrent en 1963. L’Éthiopie et la Somalie connurent aussi des tensions. Le Mali et la Haute-Volta eurent un différend. Le Dahomey et le Niger en eurent un autre. Aucun de ces conflits n’a modifié les souverainetés. La Cour internationale de justice a joué un rôle. Elle a réglé neuf conflits territoriaux depuis 1975. D’autres litiges ont trouvé une solution par la négociation. La Côte d’Ivoire et le Libéria en sont un exemple. Le Mali et la Mauritanie parvinrent à un accord entre 1960 et 1963. Le Dahomey et le Niger firent de même entre 1963 et 1965.
Les mouvements séparatistes internes sont relativement peu nombreux. On en compte entre vingt et vingt-cinq sur le continent. La liste inclut la Cabinda et le Katanga. Le Caprivi et le Biafra en font aussi partie. La Casamance et l’Ogaden sont également concernés. L’Oromia et le Western Cape poursuivent leurs revendications. Le Barotseland, le Togoland et l’Ambazonie complètent cette liste. La plupart de ces groupes ne menacent pas l’intégrité des États. Leurs luttes visent souvent l’accès aux ressources. Elles concernent aussi le partage du pouvoir central. Ce constat soulève une question fondamentale. Comment expliquer cette stabilité paradoxale ? La réponse réside dans un ensemble complexe de facteurs.






