Burkina : Abdoulaye Ki, de l’université à la maçonnerie

En 2022, Abdoulaye Ki quittait l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou. Il était alors en deuxième année d’histoire et archéologie. Aujourd’hui, il est maçon dans son village natal de Koin, à 7 km de Toma, dans la province du Nayala. Son parcours illustre une reconversion professionnelle réussie.

Pour financer ses études, Abdoulaye Ki travaillait comme vigile la nuit. Il était aussi aide-maçon pendant ses heures libres. Mais concilier ces activités avec les cours devenait difficile. Fils de cultivateur, il devait choisir entre réussir à l’université et subvenir à ses besoins. Il a opté pour la maçonnerie, un métier qu’il avait commencé à apprendre.

Je me débrouillais seul pour tous mes besoins, et jongler entre petits boulots et révisions devenait intenable.

Il a quitté la capitale en 2023 pour regagner Koin. Son frère aîné s’était engagé comme Volontaire pour la défense de la patrie. Abdoulaye Ki devait alors soutenir son père âgé de 69 ans et participer aux travaux champêtres.

Koin n’était pas un choix de carrière au départ, c’était une contrainte familiale devenue une opportunité.

Il a appris la maçonnerie sur le tas, sans formation formelle. Les anciens maçons ont été ses premiers formateurs. De simple manœuvre, il est devenu aide-maçon, puis maçon à part entière. Son premier grand chantier fut la construction d’une maison de 28 tôles dans son village.

Ma fierté, c’est lorsque le propriétaire a reconnu la qualité du travail. Ce jour-là, j’ai compris que j’étais sur la bonne voie.

Entre 2023 et 2026, il a construit de nombreuses maisons à Koin et dans les environs. Il ne regrette pas son choix. Il subvient à ses besoins et se dit autonome. Convaincre ses parents ne fut pas facile. Au début, ils s’inquiétaient pour son avenir. Mais ses actes les ont rassurés.

Aujourd’hui, ils ne disent pas que je suis maçon, ils disent que je construis.

Abdoulaye Ki ne souhaite pas retourner à l’université en histoire et archéologie. Il envisage une formation technique en bâtiment, comme un CAP maçonnerie ou une gestion de chantier. Il a trois objectifs : se perfectionner, créer sa propre équipe et former d’autres jeunes.

Il fait face à des difficultés : manque d’équipements, insuffisance de formation et retards de paiement. Il lance un appel aux bonnes volontés pour un soutien en matériel ou en financement. Il travaille avec cinq collaborateurs, dont son ami Jean Eudes Paré, ancien étudiant en linguistique reconverti lui aussi. Ensemble, ils veulent devenir de grands entrepreneurs du bâtiment.

Mon parcours, c’est la preuve qu’on peut tomber du banc de l’amphi, se relever sur un chantier, et bâtir sa vie brique par brique.

Précédent

Abandon scolaire des filles : un fléau au Nakambé

Suivant

Mali : attaque coordonnée sur quatre fronts en avril 2026