Le président béninois Romuald Wadagni a récemment visité le Niger, le Burkina Faso et le Mali. Ces déplacements ont été marqués par des accueils chaleureux. Des poignées de main symboliques ont eu lieu avec les chefs de l’Alliance des États du Sahel (AES). Beaucoup ont salué ce rapprochement diplomatique. Pourtant, la réalité géopolitique est plus complexe. Des actes concrets sont nécessaires pour juger cette ouverture. La marge de manœuvre de Wadagni semble très limitée. Une rupture totale avec la CEDEAO et la France paraît peu probable.
Trois obstacles structurels limitent sa liberté d’action. Le premier est sécuritaire. Le général Abdourahamane Tiani, président du Niger, accuse la France d’avoir des soldats au Bénin. Il dénonce une ingérence et une déstabilisation du Sahel. En novembre 2025, il a affirmé que la France avait débarqué des milliers de soldats à Cotonou. Il accuse aussi le Bénin d’abriter des camps d’entraînement français. Pour lui, toute coopération franco-béninoise menace l’AES.
Le général Tiani a accusé la France d’avoir débarqué des « milliers de soldats » à Cotonou via le porte-hélicoptère Tonnerre.
La France rejette ces accusations. Le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées françaises, a visité Cotonou en mars 2026. Il a démenti l’existence de bases permanentes au Bénin. Il a qualifié ces affirmations de rumeurs. La présence française se limite à une coopération technique. Cela inclut la formation des troupes béninoises et le partage de renseignement. Des opérations conjointes contre la piraterie existent aussi dans le golfe de Guinée. Selon lui, cette coopération respecte la souveraineté du Bénin.
Le général Mandon a affirmé que la présence française se limite à une coopération technique ponctuelle.
Ce fossé d’interprétation rend toute normalisation difficile. Pour l’AES, toute coopération avec la France équivaut à une soumission. Pour la France, il s’agit d’un simple soutien. Le Bénin devrait rompre publiquement avec la France pour être accepté par l’AES. Wadagni ne l’a pas fait. Une telle rupture serait risquée pour la sécurité du Bénin.
Le deuxième obstacle est économique. Le Bénin est un hub logistique pour le corridor Abidjan-Lagos. Son modèle de développement repose sur la stabilité de l’UEMOA. Il est donc aligné sur Abidjan et Dakar. Une rupture avec la CEDEAO serait très coûteuse pour son économie.
Le troisième obstacle est politique. Wadagni doit maintenir des liens avec la France et la CEDEAO. Ces liens sont essentiels pour la sécurité et l’économie du Bénin. Une rupture totale avec ces partenaires serait difficile à assumer. Le scepticisme reste donc de mise quant à une véritable rupture stratégique.






