Commerce UEMOA : le Bénin face au dilemme de l’AES

Les échanges entre pays de l’UEMOA sont essentiels pour l’économie régionale. Le port de Cotonou dépend fortement des marchandises en transit vers les pays voisins. Une rupture avec la CEDEAO provoquerait une crise économique grave pour le Bénin. Contrairement au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, le Bénin dispose de peu d’alternatives commerciales. Ces trois pays ont des ressources comme l’or ou des partenariats émergents. Romuald Wadagni ne peut pas se tourner entièrement vers l’Alliance des États du Sahel (AES). Le Bénin est le principal partenaire commercial et bancaire de cette union.

Les fermetures de frontières en 2023 ont déjà montré la vulnérabilité du Bénin. Les juntes de l’AES, surtout celle du Niger, ont posé une condition claire. Le général Mohamed Toumba, ministre nigérien de l’Intérieur, exige une rupture totale des accords de défense avec la France. Pour les dirigeants de l’AES, la souveraineté ne se négocie pas. Ils demandent un départ complet des influences militaires occidentales.

Jusqu’à présent, Romuald Wadagni réaffirme sa volonté de partenariats fondés sur le respect mutuel. Il n’annonce aucune rupture formelle avec Paris. Il tente une voie médiane périlleuse. Il maintient un dialogue politique avec l’AES tout en conservant la protection sécuritaire de la France et de la CEDEAO. Cette position est jugée insuffisante par les dirigeants de l’AES. Ils y voient une ambiguïté stratégique. Paris et Abidjan surveillent attentivement tout dérapage.

Les accusations du général Tiani ne sont pas sans fondement. Le journaliste Georges Malbrunot, en mai 2026, a confirmé que la France agit par procuration après son retrait officiel du Mali. Des militaires ukrainiens du renseignement (GUR), souvent francophones et anciens de la Légion étrangère, appuient le Front de libération de l’Azawad (FLA). Par alliance tactique, ils soutiennent aussi le JNIM. Cette opération vise à déstabiliser le régime malien et son allié russe. Des sources maliennes accusent l’Algérie d’instrumentaliser le JNIM et le Polisario. La Mauritanie servirait de passage pour des terroristes. Ces révélations décrivent une guerre hybride menée depuis l’extérieur, avec des bases en Algérie, en Mauritanie et potentiellement au Bénin.

Les voyages de Wadagni sont une tentative de désescalade diplomatique. Mais ils ne valent pas un changement d’alliance. Sa marge de manœuvre pour rompre avec Paris ou la CEDEAO est nulle à court terme. Un tel geste provoquerait un effondrement sécuritaire et économique immédiat. Son pari est de maintenir le Bénin comme un pont neutre entre deux blocs antagonistes. L’histoire récente des conflits d’influence en Afrique de l’Ouest montre que le pont est souvent la première cible à s’effondrer quand les deux rives tirent en sens opposé.

Précédent

Visite de Wadagni au Mali : entre sourires et contraintes

Suivant

Wadagni et Diomaye Faye : des débuts diplomatiques qui se ressemblent