Durant plusieurs années, la trypanosomose animale semblait absente des registres. La province du Mouhoun offrait pourtant des conditions favorables aux mouches tsé-tsé. Un paradoxe a éveillé la curiosité du vétérinaire Kotimogognini Dramane Ouédraogo. Il a mené une investigation sur le terrain. Ses travaux ont été présentés lors d’une cérémonie de graduation du FETP, le 17 juillet 2026 à Ouagadougou.
« Depuis un bon moment, nous avons constaté un silence épidémiologique malgré les conditions écologiques favorables au développement du vecteur. Pour cela, nous avons initié une investigation afin de mieux cerner la situation », explique le Dr Ouédraogo.
L’étude visait à vérifier si la maladie circulait toujours. La trypanosomose animale est une parasitose transmise par des glossines. Elle touche bovins, petits ruminants et équidés. Les symptômes incluent fièvre intermittente, perte d’appétit, amaigrissement, anémie, larmoiement, fatigue, prostration et parfois la mort. Chez les femelles, on observe une baisse de fertilité et des avortements.
La recherche a combiné analyse documentaire, travail de terrain et tests biologiques. Les registres vétérinaires de 2025 dans les communes de Kona, Dédougou, Safané et Tchériba ont été consultés. Des prélèvements sanguins ont aussi été réalisés sur des animaux suspects.
Les résultats montrent 1 734 cas de trypanosomose animale en 2025 dans la province. Les bovins sont les plus touchés avec 865 cas. Les petits ruminants suivent avec 831 cas. Les équidés représentent une faible proportion. La commune de Kona apparaît comme le principal foyer.
Une enquête active a confirmé ces notifications. Sur 80 cas suspects prélevés, le taux de positivité en laboratoire dépassait 90 %.
« Ce qui confirme davantage que la maladie existe, sauf qu’elle est moins signalée par les populations et dans le système », souligne le vétérinaire.
Le faible niveau de notification s’explique par une méconnaissance des éleveurs.
« Les populations ont une idée plutôt vague de la maladie. Elles peuvent facilement la confondre à d’autres maladies. Il appartient aux professionnels de les sensibiliser et surtout de les convaincre de l’importance de cette maladie », insiste-t-il.
Le diagnostic repose surtout sur l’examen clinique. Les tests rapides et examens de laboratoire sont peu utilisés. Le traitement utilise deux molécules : diminazène et isométamidium. Le chercheur souhaite étudier leur efficacité.
« Nous souhaitons maintenant étudier l’efficacité de ces produits afin de pouvoir recommander, si nécessaire, d’autres molécules qui pourraient être intégrées dans la prise en charge », explique-t-il.
Les conséquences économiques sont importantes. La maladie fragilise fortement les animaux d’élevage.






