Le baril de Brent dépasse cent dollars depuis près de trois mois. Presque tous les voisins du Togo ont augmenté leurs prix à la pompe. Le Togo reste un des derniers pays de la sous-région à ne pas avoir touché au prix de l’essence. La question n’est plus de savoir si une hausse arrivera. Elle est de savoir combien de temps le bouclier social pourra tenir.
La guerre américano-israélienne contre l’Iran a commencé le 28 février 2026. Le détroit d’Ormuz a été bloqué. Vingt pour cent du pétrole mondial et trente pour cent du gaz passent par ce goulot. Les marchés ont basculé. Le Brent valait 70 dollars la veille des frappes. Il a atteint 126 dollars le 20 mars, selon Investing. Le 22 mai, il se stabilisait autour de 104 dollars. Le baril reste plus de cinquante pour cent au-dessus de son cours d’avant le conflit.
En Afrique de l’Ouest, les États ont cédé les uns après les autres. Le Bénin a changé ses tarifs le 1er mai. L’essence est passée à 725 FCFA le litre, contre 695 avant. Le gasoil est à 750 FCFA. Le pétrole lampant a bondi de 639 à 1040 FCFA, selon le ministère béninois de l’Industrie et du Commerce. Le même jour, la Côte d’Ivoire a augmenté le super sans plomb à 875 FCFA, soit plus 55 FCFA. Le gasoil est monté à 700 FCFA, soit plus 25 FCFA. Le pays utilise un mécanisme automatique qui répercute les chocs internationaux chaque mois. Au Nigeria, la raffinerie Dangote a relevé son prix gantry six fois depuis février. Le litre de super sans plomb local coûte entre 1350 et 1400 nairas. Il oscillait autour de 774 nairas début février, d’après Vanguard.
Le Sénégal est un cas instructif. Le pays produit du brut depuis les champs offshore de Sangomar. Il n’a pas relevé ses prix administrés pour l’instant. Le super est à 920 FCFA, le gasoil à 680 FCFA. Mais le vendredi 22 mai, l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko a prévenu devant l’Assemblée nationale :
« Nous tiendrons aussi longtemps que possible, mais il faut rester lucide. À l’impossible nul n’est tenu ».
Même un État pétrolier doit ajuster ses prix. Le brut se vend au prix spot, le cours instantané du marché mondial. Le Sénégal exporte son brut à ce prix et rachète son carburant raffiné aux mêmes conditions.
Cette mécanique du prix spot invalide une idée reçue. Dangote ne vend pas sa production à prix cassés. Le groupe nigérian exploite la plus grande raffinerie d’Afrique. Sa capacité est de 650 000 barils par jour, soit 103 millions de litres traités quotidiennement. Dangote a répercuté toutes les hausses du brut. Le prix gantry est passé de 774 nairas le litre en février à 1350 nairas en mai. C’est une augmentation de 74 pour cent en trois mois, selon Vanguard. Dangote achète son brut au prix mondial, comme tout raffineur. Le prix de débarquement du super importé depuis Lomé était de 793 nairas par litre en février. L’écart avec le tarif gantry de Dangote était de 2,4 pour cent, selon Channels TV. La compétitivité du raffinage local ne neutralise pas le coût de la matière première.
Pour le Togo, le tableau budgétaire renforce la contrainte. La loi de finances 2026 a réduit de 40 pour cent l’enveloppe de subvention pétrolière. Elle est passée de 25 milliards FCFA en 2025 à 14,2 milliards, selon le ministère des Finances. Cette trajectoire s’inscrit dans la deuxième revue de la Facilité élargie de crédit du FMI. Le programme fixe un plafond de déficit à 3 pour cent du PIB en 2026. Le déficit togolais était à 6,4 pour cent du PIB en 2024. Il a été ramené à 3,2 pour cent l’an dernier. Maintenir un bouclier social calibré pour un baril à 70-75 dollars ferait exploser l’enveloppe. L’État doit pourtant la comprimer.
Le choc carburant n’est qu’une partie du problème. Le blocage du détroit d’Ormuz a déstabilisé les exportations d’engrais des pays du Golfe. Ces pays assurent 36 pour cent des exports mondiaux d’urée et 29 pour cent d’ammoniac, selon l’IFPRI. L’urée granulaire est passée de 400-490 dollars la tonne avant-guerre à 700 dollars, selon le cabinet CRU. Cet engrais azoté est essentiel pour le maïs, le riz et le coton en Afrique de l’Ouest. Il devient inabordable pour les agriculteurs. Les contrats à terme s’échangent autour de 684 dollars la tonne. C’est leur plus haut niveau depuis octobre 2022. Les marchés n’anticipent pas de détente rapide. Les prix ont augmenté de 70 pour cent depuis janvier, selon Trading Economics.
Pour les ménages togolais, cette seconde vague pèsera lourd. Après les pics d’inflation globale de 7,6 pour cent en 2022 et 5,3 pour cent en 2023, la pression reste forte.






