Stages : des entreprises réduisent les stagiaires à des tâches subalternes

Dans certaines entreprises ouest-africaines, une pratique courante interroge. Le stagiaire, autrefois apprenant, devient un exécutant de tâches variées. Ces missions incluent la préparation du café ou l’achat de pain. Parfois, le jeune doit aussi payer des factures ou récupérer des colis. Tout cela pour une gratification modeste ou une simple promesse d’expérience.

Ce phénomène transforme le stage en une fonction multiple. Le stagiaire agit comme assistant, coursier ou même psychologue de bureau. Certains responsables semblent croire que le diplôme prépare à ces activités. Un master devient une expertise pour acheter des beignets. Un licencié en communication négocie le prix des brochettes.

Les universités pourraient adapter leurs programmes. Au lieu du marketing ou de la comptabilité, des modules comme la gestion du sucre ou l’approvisionnement en café seraient utiles. Les étudiants seraient ainsi préparés aux réalités du terrain.

Certains patrons tirent profit de cette situation. Dans un contexte économique difficile, ils obtiennent un employé à temps plein sans le considérer comme tel. Le stagiaire arrive tôt, part tard et respecte les ordres. Il ne faut pas l’appeler travailleur. Il est là pour apprendre, apprendre à survivre sans moyens de subsistance.

Il s’agit d’exploitation. Le mot dérange, et tant mieux. Une culture de l’abus s’est installée dans certaines organisations. Sous couvert de formation, on transforme des stagiaires en domestiques. On leur confie des tâches dont personne ne veut, tout en leur faisant croire qu’ils doivent être reconnaissants.

Le plus choquant est la banalité de cette situation. Combien de jeunes diplômés ont passé des mois sans apprendre leur futur métier ? Combien de stagiaires en communication ont appris à commander des sandwichs plutôt qu’à élaborer une stratégie ? Combien de stagiaires en comptabilité ont fréquenté les kiosques plutôt que les états financiers ? Trop nombreux.

C’est dans ce contexte qu’une affaire a éclaté au nord de Ouagadougou. Olivia, jeune diplômée en comptabilité, avait intégré une entreprise. Pendant six semaines, elle fut chargée d’acheter des sandwichs, de préparer du café, de payer des factures et de récupérer des colis. Elle était en voie de devenir directrice logistique de la cafétéria.

Un mardi matin, un responsable lui demanda d’acheter du thé et des amuse-gueules. Olivia répondit qu’elle avait un travail en cours. Selon des témoins, la terre trembla légèrement, une imprimante cessa de fonctionner, et un employé murmura que les stagiaires n’avaient pas le droit de refus.

Olivia expliqua calmement qu’elle était venue apprendre un métier, non devenir commissionnaire. Un moment de panique s’ensuivit. Chacun savait qu’elle avait raison, même ceux qui lui demandaient chaque matin d’aller chercher leur petit déjeuner.

Avis aux recruteurs : si vous cherchez à former un futur professionnel, accueillez un stagiaire. Si vous cherchez quelqu’un pour porter vos dossiers, acheter vos galettes ou préparer votre café, publiez une annonce pour un assistant personnel multifonction. Au moins, chacun saura à quoi s’attendre.

Un stage est censé être une école du métier, non une école de l’humiliation. Lorsqu’une organisation transforme ses stagiaires en domestiques, elle ne forme pas la relève. Elle leur apprend que certains abus deviennent normaux, jusqu’au jour où quelqu’un trouve le courage de répondre par un mot de trois lettres : Non.

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