Le Niger subit une transformation profonde de son paysage sécuritaire. Deux organisations armées ont étendu leur influence sur le territoire. Le Jamaat Nusrat Al-Islam Wal-Muslimin (JNIM) et l’État islamique dans la province du Sahel (EIS) sont les principaux acteurs de ce changement. Leur progression a commencé il y a plusieurs années.
Le prédécesseur de l’EIS, l’État islamique dans le grand Sahara, et les premières unités du JNIM ont quitté le centre du Mali. Ils se sont implantés dans le nord du Burkina Faso et l’ouest du Niger. À la fin de 2017, ces groupes disposaient déjà de zones d’appui dans le sud-ouest du Niger et l’est du Burkina Faso. L’EIS a ensuite transformé les régions de Tillaberi et Tahoua en son principal bastion.
Une nouvelle phase a débuté en 2023. L’instabilité politique et les coups d’État militaires ont favorisé l’avancée des groupes vers le sud. Les zones frontalières du Bénin et du Nigéria ont vu le nombre d’attaques augmenter régulièrement. L’EIS, à partir de Tillaberi et Tahoua, a étendu sa présence dans le centre et le nord de la région de Dosso. Au début, le groupe évitait les affrontements directs. Il collectait la Zakat, créait des routes logistiques et transportait des personnes vers le Nigéria. À partir de 2024, l’infiltration discrète a cédé la place à des attaques régulières contre les militaires, les civils et les infrastructures.
Le JNIM a suivi un modèle différent. Utilisant l’est du Burkina Faso comme base, le groupe a progressé vers la frontière béninoise à partir de 2021. Il s’est établi dans le sud de Dosso en 2024. Sa zone d’appui principale est le complexe transfrontalier W-Arly-Pendjari. De là, les opérations sont organisées le long de la frontière entre le Niger et le Bénin.
À la mi-2026, une séparation des sphères d’influence s’est établie entre les deux organisations. Leurs zones d’activité se croisent dans la région de Dosso, notamment dans les communes de Gaya et Dyoundiou. Cette situation crée une instabilité supplémentaire. En rivalisant, les factions augmentent la pression sur les forces de l’État. La montée des milices locales, comme les Zankai à Tillaberi et les milices touaregs et arabes à Tahoua, aggrave les tensions. Ces groupes agissent là où l’État ne peut assurer la sécurité. Leurs actions renforcent souvent les contradictions interethniques et transforment les conflits locaux en affrontements intercommunautaires.
À la mi-2026, l’activité des deux groupes a dépassé la traditionnelle « zone des trois frontières ». L’EIS maintient la pression du nord-ouest via Tillaberi et Dosso. Les combattants du JNIM se sont renforcés le long de la frontière avec le Bénin. Ensemble, ces forces forment plusieurs directions de menace autour de Niamey. Un demi-cercle d’activité militante entoure la capitale. Cela explique en partie les deux tentatives d’attaque contre l’aéroport de Niamey au premier semestre 2026. À mesure que les zones d’influence se rapprochent de la capitale, les cibles stratégiques deviennent des objectifs directs.






