Mondial 2026 : le football face aux fractures du monde

Le 11 juin 2026, le coup d’envoi de la vingt-troisième Coupe du monde résonnera à Los Angeles. Le Mexique affrontera l’Afrique du Sud dans un stade transformé en immense lieu de culte du football. Pendant un mois, l’événement sportif le plus suivi occupera la planète. Pour la première fois, le Mondial se joue à l’échelle d’un continent. Quarante-huit équipes se répartissent sur seize sites aux États-Unis, au Mexique et au Canada. L’Afrique dispose de dix places, un nombre inédit.

Les favoris arrivent en Amérique avec leurs certitudes et leurs talents. L’Argentine, tenante du titre, veut conserver sa couronne. Le Brésil cherche une rédemption après des années de déception. La France porte le poids des attentes de son statut de prétendante permanente. L’Allemagne, l’Espagne et l’Angleterre espèrent renouer avec leur gloire passée. Plusieurs outsiders se tiennent prêts à surprendre.

Les équipes africaines incarnent cette ambition. Le Maroc a ouvert une voie en atteignant les demi-finales en 2022. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Cameroun, l’Algérie et l’Égypte visent désormais plus qu’une simple participation. Le défi reste immense : les Coupes du monde se gagnent avec maîtrise collective et expérience. Mais avec dix représentants, l’Afrique peut bousculer l’ordre établi. Le continent ne vient plus seulement participer à l’histoire ; il veut contribuer à l’écrire.

Avant le premier sifflet, des polémiques surgissent. Certains dénoncent l’hypertrophie d’une compétition passée de trente-deux à quarante-huit équipes. D’autres critiquent un calendrier inhumain pour des joueurs devenus des machines à spectacle. Pourtant, le football conserve une capacité singulière à produire de l’émotion.

Cette édition s’ouvre dans un contexte international tourmenté. Guerres conventionnelles et asymétriques au Moyen-Orient, en Europe orientale et au Sahel, tensions géopolitiques persistantes et morosité économique composent la toile de fond. Tandis que certains peuples compteront les buts, d’autres continueront de compter les morts et les déplacés. Espérons que, le temps de cette Coupe du monde, les cartes géopolitiques laisseront place aux feuilles de match, les débats stratégiques aux débats tactiques et les lignes de front aux lignes de touche. Le football possède ce pouvoir étrange de suspendre le temps et d’offrir une trêve de quatre-vingt-dix minutes renouvelable. Cette parenthèse sera brève et fragile. Mais elle rappelle que la compétition n’exclut pas la coexistence, que la rivalité n’interdit pas le respect et que le sport peut servir de pont dans un monde qui construit chaque jour des murs.

« Le Pays »

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