Le Maroc a atteint les quarts de finale de la Coupe du Monde. C’est la deuxième fois de suite que les Lions de l’Atlas réussissent cet exploit. En 2022, au Qatar, ils avaient été la première équipe africaine en demi-finale. Cette année, ils récidivent sur le sol nord-américain.
En phase de groupes (groupe C), les Marocains ont tenu le Brésil en échec (1-1, le 13 juin à Los Angeles). Ils ont ensuite battu l’Écosse (1-0, le 19 juin à Seattle) puis Haïti (4-2, le 24 juin à San Francisco). Avec sept points, ils ont fini deuxièmes derrière la Seleção. Leur maîtrise rappelait celle de 2022.
Le 4 juillet, à Houston, le Maroc a affronté le Canada, pays co-organisateur. Les Lions ont livré une démonstration clinique : 3-0. Azzedine Ounahi a marqué deux fois. Soufiane Rahimi a inscrit le troisième but dans le temps additionnel. Le capitaine Achraf Hakimi a déclaré :
« On n’est pas venus en touristes. »
Neuf sélections africaines avaient atteint la phase à élimination directe. C’était un record. Le Sénégal est tombé face à la Belgique (2-3 après prolongation). La Côte d’Ivoire a été sortie par la Norvège (1-2). La RD Congo a perdu d’un souffle contre l’Angleterre (1-2). L’Égypte, héroïque, a été crucifiée par l’Argentine de Messi en huitième (2-3 après prolongation). L’Afrique du Sud, le Ghana, le Cap-Vert, la Tunisie et l’Algérie ont tous quitté la compétition. Il ne reste que le Maroc.
Il faut mesurer le chemin parcouru. Le 8 juin 1990, le Cameroun de Roger Milla terrassait l’Argentine de Maradona au Giuseppe-Meazza. Ce jour-là, le monde a découvert que l’Afrique ne venait pas faire de la figuration. Trente-six ans plus tard, le Maroc n’est plus une surprise. C’est une puissance établie du football mondial.
Sous Walid Regragui, l’équipe avait bâti une forteresse défensive. Elle n’avait perdu qu’un seul match à élimination directe lors de la CAN 2025, qu’elle a remportée à domicile. Depuis mars 2026, Mohamed Ouahbi dirige l’équipe. La transition a été brutale. Ziyech et En-Nesyri, deux monuments de l’épopée 2022, sont absents de la liste des 26. Mais le collectif a digéré. Brahim Díaz, le Madrilène, a pris les clés du jeu offensif. Ounahi, déjà brillant au Qatar, est devenu le poumon du milieu. Bouaddi, 20 ans, incarne la relève.
Ce Maroc ne joue plus avec la peur. Il joue avec la certitude de ceux qui savent que le plafond de verre a déjà été brisé une fois. La question n’est plus de savoir jusqu’où ils peuvent aller. Elle est de savoir qui peut les arrêter.
En face, la France de Mbappé, Olise et Désiré Doué impressionne. Quatorze buts marqués, deux encaissés. Un rouleau compresseur. Mais le Maroc a montré contre le Brésil qu’il savait contenir les plus grandes armadas offensives. Ce quart de finale est aussi une revanche. Le 14 décembre 2022, au Al-Bayt Stadium, les Bleus avaient éteint le rêve marocain en demi-finale (2-0). Ce soir, à Boston, l’histoire peut prendre une autre direction.
Au-delà du match, c’est tout un continent qui retient son souffle. De Casablanca à Dakar, d’Abidjan à Kinshasa, les écrans géants sont montés. Les rues se vident à l’approche du coup d’envoi. Le Maroc ne joue pas seulement pour lui. Il joue pour les neuf autres sélections africaines qui ont fait le voyage. Il joue pour les absents — Nigeria, Cameroun. Il joue pour les gamins qui tapent dans un ballon en plastique sur les terrains vagues de Douala ou de Bamako.
Le format à 48 équipes de cette Coupe du Monde 2026 était censé diluer le niveau. Il l’a au contraire électrisé. Dix places africaines — contre cinq en 2022 — ont offert au continent une visibilité inédite. Le Maroc, en atteignant les quarts pour la deuxième fois d’affilée, valide le discours que l’Afrique martèle depuis des décennies : nous ne sommes pas un quota, nous sommes une force.
Ce soir, à Boston, il y aura 22 joueurs sur la pelouse. Mais il y aura surtout un continent tout entier derrière les Lions de l’Atlas. L’Afrique ne demande plus la permission d’exister sur le terrain. Elle vient prendre sa place. Si le Maroc passe, ce ne sera plus une sensation. Ce sera la suite logique d’une histoire commencée un soir de juin 1990 à Milan.





