Le pagne Koko Dunda a longtemps subi le mépris. À Bobo-Dioulasso, il était surnommé « Tié ti barala », soit « mon mari ne travaille pas ». Ce tissu rayé symbolisait la pauvreté. Les familles modestes le portaient. Aujourd’hui, ce mépris a disparu. Le Koko Dunda habille désormais ministres et artistes.
Une étude de l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest à Bobo-Dioulasso retrace cette métamorphose. Le père Basile Paré en est l’auteur. Son mémoire en sociologie s’intitule Étude des conséquences de la valorisation du pagne Koko Dunda à Bobo-Dioulasso. Il montre que cette transformation dépasse la mode. Elle modifie les métiers et renforce l’identité burkinabè.
La fabrication du Koko Dunda reste artisanale. Dans le quartier Tounouma, les teinturiers plient, nouent et plongent le tissu dans des bains colorés. Pendant des décennies, ce savoir-faire est resté ignoré. Une relance commence en 2016. Le styliste Sébastien Bazémo crée des modèles contemporains. Ses défilés changent l’image du pagne. En 2021, l’État burkinabè accorde un label officiel au Koko Dunda. Ce label protège plus de deux cents motifs.
Le père Paré a mené une enquête de terrain. Il a rencontré seize acteurs de la filière : teinturiers, couturiers, revendeurs. Des entretiens semi-directifs et des observations directes ont nourri son travail. Les artisans constatent une évolution. Autrefois, les motifs étaient limités. Aujourd’hui, les teinturiers inventent des combinaisons nouvelles. Ils améliorent leur technique pour répondre à une demande variée.
Un artisan interrogé résume cette exigence.
« Un client mécontent, c’est cent clients perdus. »
Cette professionnalisation pousse à innover. Les couturiers associent le Koko Dunda à d’autres matières. Ils créent des robes, vestes et chemises modernes. La clientèle devient plus jeune et exigeante. Le pagne traditionnel inspire une nouvelle mode burkinabè.
Cette renaissance a des retombées économiques. Les ateliers tournent mieux. Les revenus augmentent. L’étude du père Paré confirme un changement profond des représentations. Le Koko Dunda n’est plus le pagne des pauvres. Il est devenu un symbole de fierté nationale.






