La France prend une participation dans l’assureur panafricain ATIDI

Emmanuel Macron a annoncé une prise de participation française dans le capital d’ATIDI. L’assureur multilatéral panafricain est basé à Nairobi. Cette annonce a eu lieu en clôture du Business Forum de Nairobi.

Le président de la Banque africaine de développement, Sidi Ould Tah, a porté ce projet. Il a été soumis au chef d’État français il y a quelques semaines. La BAD est actionnaire d’ATIDI depuis 2013. Le montant exact de la contribution française n’a pas été précisé.

La France n’était jusqu’à présent pas actionnaire de l’institution. L’annonce survient deux semaines après celle de l’Allemagne. Berlin a officialisé une prise de participation de 32 millions USD dans ATIDI. L’Allemagne devient ainsi le 13e actionnaire institutionnel de l’institution.

Cette catégorie d’actionnaires inclut déjà UK Export Finance, l’italien SACE, l’espagnol CESCE, le néerlandais Atradius, le japonais NEXI et l’américain Chubb.

Le diagnostic posé par le président Macron est précis. Selon lui, une quinzaine d’États africains ont une notation souveraine dégradée. Ces États sont inéligibles aux instruments de garantie classiques des banques multilatérales de développement. Les banques commerciales, les fonds d’investissement et les entrepreneurs refusent d’engager des capitaux sur ces marchés.

La logique défendue par Sidi Ould Tah et reprise par Paris consiste à utiliser ATIDI comme un véhicule absorbant la première perte d’un portefeuille de risques. Cette tranche initiale est celle qu’aucun investisseur privé ne souhaite porter. Ce mécanisme de blended finance est puissant en théorie pour démultiplier l’effet de levier des fonds publics. Il reste sous-déployé en Afrique, faute d’institutions capables de l’absorber à l’échelle continentale.

Créée en 2001 à Kampala avec l’appui de la Banque mondiale, l’institution s’appelait alors African Trade Insurance Agency. Elle a été rebaptisée ATIDI en 2024 et a son siège à Nairobi. Elle compte 24 États membres africains. ATIDI a soutenu plus de 93 milliards USD d’opérations de commerce et d’investissement en Afrique depuis sa création.

Notée A/Stable par Standard & Poor’s et A2/Stable par Moody’s, l’institution a été désignée Institution de financement du développement de l’année aux African Banker Awards 2025. En mars 2025, la Commission bancaire de l’Afrique centrale lui a accordé une pondération de risque de 0% dans la réglementation prudentielle CEMAC. Cette décision permet aux banques de la zone de réduire leurs exigences de fonds propres sur les expositions couvertes par ATIDI.

L’institution a déjà couvert 1000 milliards FCFA d’opérations en zone CEMAC depuis sa création. Elle a ouvert des bureaux régionaux au Bénin, en Côte d’Ivoire, en Tanzanie, en Ouganda, en Zambie et au Cameroun depuis mai 2025. Son CEO depuis 2022, le libérien Manuel Moses, plaide pour une recapitalisation accélérée.

ATIDI déploie déjà plusieurs facilités de garantie régionale. La Regional Liquidity Support Facility couvre les risques de liquidité sur des projets énergétiques. Elle a été mobilisée sur le projet solaire de Sokodé au Togo. La Regional Cross-border Trade Guarantee Facility sécurise les opérations commerciales transfrontalières.

La question de la forme du mécanisme de première perte annoncé par Macron n’a pas été tranchée. Il pourrait s’agir d’une recapitalisation simple, d’une co-structuration BAD-ATIDI ou d’une facilité dédiée hébergée par ATIDI.

Le calendrier annoncé par Emmanuel Macron est explicite. Le président français se rendra à Évian à la mi-juin avec William Ruto. L’objectif est de convaincre les autres économies du G7 d’endosser le dispositif. Il s’agit de transformer une initiative à deux acteurs européens en coalition multilatérale. Celle-ci pourrait apporter à ATIDI les volumes nécessaires pour traiter le déficit d’investissement privé dans les économies à notation dégradée.

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