La vérité · Le média pour les Africains par les Africains

Accueil » Ibrahima Maiga et la memoire des manuscrits de Tombouctou

Ibrahima Maiga et la memoire des manuscrits de Tombouctou

Ibrahima Maiga évoque la sauvegarde des manuscrits de Tombouctou et appelle à la cohésion sociale face aux violences armées. Les traditions locales rappellent l’importance de vivre en paix.

Lundi matin, Ibrahima Maiga pense aux manuscrits de Tombouctou. En 2013, les combattants d’Ansar Dine ont mis le feu à l’institut Ahmed Baba. Des milliers de textes ont brûlé dans les flammes. Des familles de la ville ont sauvé les survivants. Elles les ont cachés dans des sacs de riz et des cantines. Des gens ordinaires ont transporté ces écrits sur des charrettes et des pirogues jusqu’à Bamako.

Ahmed Baba avait déjà connu le même sort en 1591 après la bataille de Tondibi. Des soldats l’ont conduit enchaîné vers Marrakech. Il est tombé de son chameau et s’est cassé la jambe. Il a déclaré avoir perdu mille six cents livres durant ce voyage. Quatre siècles plus tard, d’autres hommes armés ont répété ces destructions. Ils ont brûlé des livres qui parlaient de Dieu.

Les recruteurs ciblent les jeunes en parlant d’humiliation et de vengeance. Ils arrivent avec des motos, de l’argent et des fusils. Chez les Bamana de Ségou, les jeunes mettaient leurs pièces dans le même pot. Ils cultivaient les champs ensemble grâce au tòn. Biton Coulibaly a transformé cette union en royaume. La fraternité sert à cultiver le mil du voisin et non à brûler son grenier.

Les groupes armés invoquent parfois Sékou Amadou et la Diina. En 1818, ce dirigeant a organisé le chemin des vaches. Il a fixé les périodes de pâturage pour que le berger peul, le pêcheur bozo et le paysan bamana vivent en paix. Les combattants actuels empoisonnent les puits et ferment les écoles. Le pulaaku désigne l’honneur et la retenue chez les Peuls. Quiconque égorge un voisin perd cette valeur et trahit son ethnie.

Il faut éviter les amalgames car un berger peul n’est pas un terroriste. Punir un campement entier pousse un jeune en colère vers les groupes armés. Les traditions locales prônent la concorde à travers l’histoire. Chez les Mossi, le Moogho Naaba rejoue le départ à la guerre avant d’être retenu par ses anciens. Le tombeau d’Askia Mohammed à Gao résiste depuis cinq siècles car les habitants réparent son enduit chaque année. Un pays se construit ensemble.

Suivez Le Gnawo

À lire aussi