France-Afrique : la parole condescendante pointée du doigt

Frédéric Lejeal, auteur de plusieurs ouvrages sur les relations franco-africaines, analyse la rupture diplomatique entre le Burkina Faso et la France. Selon lui, cette décision grave provient directement du palais de Kosyam. Elle ne surprend guère, car la défiance envers Paris s’est installée depuis septembre 2022. L’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré a renforcé un sentiment anticolonialiste. Le pays s’est ouvert à de nouveaux partenaires, dont la Russie.

Les signes de cette rupture se sont accumulés. Les forces spéciales françaises ont été remerciées après le putsch. L’ambassadeur Luc Hallade a été renvoyé. La diffusion de médias français comme RFI et France 24 a été supprimée. Lejeal note que la motivation officielle de la rupture rejoint une critique sévère de la situation sécuritaire. Cette critique avait déjà motivé le départ de l’ambassadeur Hallade fin 2022.

Une résolution de l’Union européenne, défendue par l’ancien chef du renseignement militaire français Christophe Gomart, a aggravé les tensions. Adoptée le 18 juin, elle dénonce la répression des libertés au Burkina. Les autorités burkinabè l’ont qualifiée de texte abject et fondé sur des erreurs. L’ambassadeur européen Philippe Bronchain a été convoqué le 22 juin.

Lejeal souligne que cette rupture intervient dans un contexte de recul de l’influence française en Afrique. Le Burkina illustre cette perte de crédit sous la présidence Macron. En novembre 2017, Macron avait choisi Ouagadougou pour un discours fondateur. Près de dix ans plus tard, la France n’a plus de représentation dans le pays.

L’auteur insiste sur un facteur invisible mais déterminant : la parole jugée condescendante et arrogante de la France.

« L’un des facteurs invisibles mais déterminants de la perte de légitimité réside dans la parole jugée condescendante et arrogante de la France en Afrique »

Il estime que les élites africaines et de nombreux citoyens ne tolèrent plus les critiques venues d’Europe. Il cite le double discours des diplomates européens. Ceux-ci critiquent le Burkina, mais éviteraient de tenir le même langage sur la Turquie d’Erdogan, la Chine de Xi ou la Russie de Poutine. Ce rejet alimente le rapprochement avec ces pays.

Le communiqué du gouvernement burkinabè évoque des visées impérialistes et des ambitions néocoloniales. Lejeal trouve ces accusations peu claires sur le plan factuel. Elles font partie du discours des autorités depuis leur prise de pouvoir. Ce discours sert à justifier un basculement géostratégique fondé sur le rejet des alliances historiques.

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