L’intelligence artificielle modifie les habitudes universitaires. Elle pose des questions sur les méthodes d’évaluation classiques. Dr Julien Coomlan Hounkpe, dans un texte publié sur Facebook, tire la sonnette d’alarme. Il constate l’absence de règles sur l’usage de l’IA dans les universités africaines. Selon lui, l’enjeu dépasse la simple technologie. Il s’agit de préserver la crédibilité de la formation, de l’évaluation et de la certification académique. Le domaine du droit est particulièrement concerné.
L’IA peut produire la forme. Elle ne peut pas produire le juriste.
Un mémoire peut impressionner par sa structure. Son style peut être fluide. Ses références peuvent être nombreuses. Le jury examine les pages avec attention. Puis les questions surgissent. Pourquoi ce choix méthodologique ? Silence. Comment interpréter cette position doctrinale ? Hésitation. Pouvez-vous développer la référence citée en page 47 ? Nouveau silence. En quinze minutes, la soutenance révèle une vérité. L’étudiant ne maîtrise pas son propre document.
Dr Hounkpe, en tant que membre du jury, n’est pas surpris. Il observe cette scène depuis deux ans. Ce n’est pas une crise de la paresse étudiante. C’est une crise de gouvernance académique. Pour la première fois, les institutions universitaires affrontent un outil. Cet outil peut produire en quelques minutes un document. Ce document ressemble exactement à ce qui est demandé : plan structuré, style académique, références apparentes, argumentation cohérente en surface.
Le problème n’est pas l’utilisation de l’IA par l’étudiant. Le problème est l’absence de règles claires. Ni l’université, ni la faculté, ni le jury n’avaient de directives. Sans règle, l’absence de règle devient la règle. Pour les facultés de droit africaines, l’enjeu est aigu. Un mémoire juridique n’est pas un exercice de style. C’est la démonstration d’une capacité à raisonner sur des normes. C’est l’interprétation de textes. C’est la construction d’une argumentation qui résiste à l’examen critique.
L’IA peut produire la forme. Elle ne peut pas produire le juriste. Si les dispositifs d’évaluation ne savent plus faire la différence, la certification universitaire perd sa valeur. La vraie question n’est pas si l’IA transforme l’université africaine. Elle le fait déjà. La question est de savoir si les institutions vont subir cette transformation ou la gouverner.






