DokitaEyes : 10 ans de transformation numérique de la santé au Togo

La diaspora togolaise a exprimé un besoin clair. Elle souhaitait suivre la santé de ses proches restés au pays. Cette demande a favorisé le développement d’une solution numérique. DokitaEyes permet aux patients de gérer leur propre suivi médical. Ils signalent désormais les effets secondaires des traitements. Cette communication se fait directement avec le prescripteur. L’attente d’un facilitateur physique n’est plus nécessaire.

Le système de santé togolais présentait une faiblesse structurelle. L’historique médical des patients était souvent fragmenté. Koffivi Agbetiafa, co-fondateur, décrit une pratique courante.

Le patient achète un carnet à l’arrivée à l’hôpital. Il ne reviendra pas avec ce même carnet à la prochaine consultation. À chaque consultation, il achète un nouveau carnet.

Cette situation compliquait le travail des professionnels. Ils ne disposaient pas d’un historique fiable. Les traitements étaient parfois établis sans données complètes.

On ne peut pas construire la santé individuelle et arriver à faire la prise en charge correctement lorsque le professionnel de santé fait un traitement à vue parce qu’il n’a pas eu accès à l’historique.

Les conséquences étaient concrètes. Un médicament inefficace pouvait être prescrit à nouveau. Des analyses récentes étaient parfois redemandées. Ces doublons généraient des coûts supplémentaires pour les patients.

L’application propose aujourd’hui plusieurs services intégrés. Les utilisateurs prennent rendez-vous avec des facilitateurs médicaux. Ils envoient des ordonnances aux pharmacies partenaires. Les prescriptions sont transmises aux laboratoires. Le paiement en ligne utilise le Mobile Money. Les résultats d’analyses arrivent directement dans l’application. Ils sont aussi transmis au médecin prescripteur. Ce circuit assure un suivi complet du patient.

Un module dédié à l’assurance maladie a été ajouté. Il gère les compléments santé avec l’AMU. Il fonctionne aussi avec des assureurs privés. Le déploiement de l’Assurance maladie universelle est en cours. L’application calcule automatiquement les parts financières. Elle distingue le tiers payant du ticket modérateur. Cette automatisation simplifie les procédures administratives.

Une fonctionnalité récente permet des recherches géolocalisées. Elle trouve médicaments et analyses dans un rayon de 5 km. Le paiement est intégré au processus. Un projet spécifique a été mené de 2018 à 2022. Il ciblait les femmes enceintes et les jeunes enfants. Ces populations vivent souvent dans des zones reculées. Le constat initial était simple. Une distance supérieure à 5 km d’un centre de soins décourageait les déplacements. Les consultations prénatales étaient alors absentes. Les vaccinations des enfants n’étaient pas effectuées.

Des agents de santé communautaire ont utilisé l’application. Ils créaient des dossiers patients directement à domicile. Ils renseignaient l’état vaccinal des enfants. Ils notaient le statut des consultations prénatales. Ils enregistraient les signes de danger liés à la grossesse. Ils rapportaient les symptômes pathologiques observés chez les enfants. Ces données étaient transmises en temps réel aux unités de soins. Les sage-femmes organisaient ensuite des interventions communautaires.

Koffivi Agbetiafa partage un résultat marquant.

Nous avons suivi près de 15 000 femmes enceintes et il y a eu zéro décès.

Le taux de mortalité maternelle au Togo est de 401 décès pour 100 000 naissances. Le projet a aussi couvert près de 70 000 enfants de moins de 5 ans.

La digitalisation permet de sauver des vies.

Le programme a cependant ralenti son activité. Le soutien financier des bailleurs a pris fin. Les actions sur le terrain se poursuivent avec un engagement réduit.

La plateforme mixte services gratuits et payants. La livraison des résultats d’analyses est un service gratuit. Le patient paie uniquement les frais de course. La prise de rendez-vous avec un facilitateur est payante. Cette tarification filtre les demandes non sérieuses. La création d’un dossier patient numérique a un coût. Une carte virtuelle coûte 2500 FCFA. Une carte physique avec QR code coûte 4500 FCFA. Ces tarifs donnent accès à toutes les fonctionnalités chez les partenaires.

L’équipe humaine s’adapte aux projets. Une dizaine de personnes travaillent en période normale. Jusqu’à 50 collaborateurs sont en temps plein lors des déploiements intenses. Des volontaires sont aussi mobilisés sur le terrain. Le co-fondateur n’a pas communiqué sur le chiffre d’affaires.

Le parcours de DokitaEyes est reconnu. La startup a été finaliste du prix RFI Challenge App Afrique en 2016. Elle a reçu plusieurs distinctions internationales. Le ministère de la Santé a accompagné son développement. Les professionnels de santé formés à l’étranger adoptent rapidement l’outil. Koffivi Agbetiafa note cette réceptivité.

Ceux qui captent tout de suite ce dont on parle, ce sont ceux qui ont fait un peu l’Europe, qui ont vu comment ça se passe.

Certains estiment que la plateforme dépasse des solutions connues. Ils citent l’exemple de Doctolib en France.

La protection des données est devenue une priorité. Elle mobilise l’essentiel des ressources techniques de l’équipe.

Aujourd’hui, on n’est plus sur le développement. La plupart de notre temps est consacrée à suivre les choses, à faire de la protection, à sécuriser.

L’expansion géographique est en cours. DokitaEyes est présent au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire. Son entrée au Bénin est amorcée. Une implantation au Ghana est suspendue. L’équipe locale n’était pas suffisamment structurée. L’objectif est d’atteindre 4 millions d’utilisateurs d’ici deux ans. Cette croissance s’appuie sur l’expansion sous-régionale.

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