À moins d’un mois de la venue du pape Léon XIV au Cameroun, un incident inédit a été enregistré à Yaoundé. La ministre de l’Habitat et du Développement Urbain, Célestine Ketcha Courtes, a été empêchée de quitter la Communauté Urbaine de Yaoundé (CUY) par des agents municipaux. Cet événement, survenu en plein jour, s’inscrit dans un contexte tendu autour des travaux publics liés à l’itinéraire du pape.
En juillet 2025, la CUY a confié à l’entreprise CENEG-CAM SARL un contrat d’une valeur de 590 millions de FCFA pour réhabiliter une route stratégique entre les quartiers Marché Madagascar et Cité Verte. Ce tronçon figure sur le trajet officiel du souverain pontife. Le chantier devait être achevé en six mois, mais les délais ont été largement dépassés, sans livraison effective en janvier ni en février 2026.
Face à ce retard, le maire de Yaoundé, Messi Atangana Luc, a accordé, le 17 mars 2026, une prolongation de deux mois à CENEG-CAM, invoquant des difficultés techniques et des problèmes de paiement. Ce document officiel portait le sceau de la République du Cameroun. Toutefois, la ministre a rapidement décidé de faire intervenir la société égyptienne Arab Contractors pour achever les travaux.
La situation s’est envenimée lorsque le maire, en congé, a ordonné par téléphone l’arrêt des travaux à deux reprises. Lors d’une troisième intervention, ses agents ont agressé les ouvriers d’Arab Contractors et les ont enfermés dans une cellule improvisée à la CUY. Plusieurs employés blessés ont dû être hospitalisés dans des établissements de la capitale. Cette affaire soulève des questions diplomatiques, compte tenu de l’origine étrangère de l’entreprise.
Ce contexte révèle une gouvernance locale conflictuelle où un maire absent semble exercer un contrôle à distance, tandis qu’une ministre est retenue dans une administration dont elle assure la supervision. Habituellement, un retard dans l’exécution d’un marché public entraîne des sanctions claires, et la détention d’un ministre par des agents municipaux serait immédiatement poursuivie. Or, ces règles ne sont pas appliquées dans cette situation.
Le Cameroun dispose d’une structure gouvernementale complète, avec un président, un premier ministre, et des institutions établies. Cependant, cet épisode souligne un dysfonctionnement profond. La question de la direction réelle du pays et de l’autorité effective à Yaoundé devient pressante. Le maintien de l’ordre institutionnel semble compromis à l’approche d’un événement international majeur.






