Burkina : les mots de parenté mandé s’effacent dans les villes

À Bobo-Dioulasso, les termes de parenté se simplifient dans les familles urbaines. Les appellations comme « tonton », « tanti » ou « cousin » deviennent courantes. Elles remplacent des mots plus précis du système mandé. Ces termes pratiques créent une proximité et montrent le respect. Mais ils effacent aussi des distinctions importantes.

Dans la tradition mandé, chaque mot de parenté indique une branche, une place et un rôle. L’oncle maternel, par exemple, n’a pas le même statut que le frère du père. L’oncle maternel est lié à la protection et à la médiation. Le frère du père appartient à la ligne paternelle. Il peut être considéré comme une extension du père. Les regrouper sous « tonton » supprime cette différence.

Du côté des femmes, le même phénomène se produit. Les sœurs du père et les sœurs de la mère ne relèvent pas du même registre. Certaines appartiennent à la ligne paternelle, d’autres à la ligne maternelle. Les appeler toutes « tanti » efface leur position spécifique. La maternité peut s’étendre aux sœurs et aux cousines de la mère. La paternité peut s’étendre aux frères et cousins du père.

Le cas des cousins est particulièrement révélateur. Le mot « cousin » est très général. Dans le système mandé, les cousins kamɛnɛ ne sont pas tous de même nature. Ce terme renvoie souvent au cousin croisé, important dans les alliances anciennes. On distingue les musoden, enfants de la branche féminine, et les cɛden, enfants de la branche masculine. Cette distinction indique le chemin de la parenté par les femmes ou par les hommes. Elle permet de comprendre les alliances, les interdits et les solidarités. Quand tout devient « cousin », une grande partie de cette information disparaît.

Mamadou Lamine Sanogo, Directeur de recherche en sociolinguistique, analyse ce phénomène. Il montre que ces termes facilitent les échanges quotidiens. Mais ils contribuent aussi à l’effacement d’une mémoire familiale et sociale. La terminologie constitue l’un des principaux vecteurs de cette mémoire.

Les mots comme « tonton », « tanti » ou « cousin » ne sont pas mauvais en eux-mêmes. Ils appartiennent désormais à la vie urbaine. Mais leur usage généralisé peut faire perdre la carte intérieure de la parenté. La famille n’est pas une somme d’individus isolés. C’est un ensemble de positions reliées les unes aux autres.

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