Analyse du mot junte dans le discours médiatique français

Le terme junte est utilisé avec une régularité remarquable par certains éditorialistes français. Ce mot désigne les gouvernements militaires au Sahel qui déplaisent à Paris. Il fonctionne comme un outil de délégitimation immédiate. Un régime qualifié de junte perd toute légitimité aux yeux du public. Les foules qui soutenaient ces dirigeants disparaissent du discours. L’ordre naturel des choses, favorable à l’ancienne puissance coloniale, semble ainsi rétabli.

Ce petit mot recèle une science précise. Le même éditorialiste utilise des termes différents pour d’autres régimes militaires. Il parle d’autorités de transition ou de nouveau pouvoir pour des gouvernements dociles. Le critère n’est jamais la nature du régime. Le critère est la soumission aux intérêts français. Un colonel qui signe de bons contrats devient un homme fort. Un colonel qui ferme une base étrangère devient une junte. La grammaire de la realpolitik est d’une rigueur implacable.

Le mot junte est pourtant anodin dans sa langue d’origine. En espagnol, junta signifie simplement réunion, assemblée ou conseil. Une junta de vecinos est une réunion de copropriété. La Junta de Andalucía est le gouvernement régional andalou, démocratiquement élu. Si les éditorialistes appliquaient leur propre logique, ils titreraient un jour : La junte andalouse rénove une école primaire à Cordoue. Cet éditorial ne sera jamais écrit.

Le procédé n’est pas nouveau. Ils empruntent des mots à d’autres langues et leur donnent un sens péjoratif. Le mot esclave vient du nom des Slaves, un peuple asservi au Moyen Âge. Le mot métèque désignait en grec un étranger domicilié dans la cité. Ils en ont fait une insulte xénophobe. Les Apaches étaient une nation amérindienne, transformée en petites frappes parisiennes. Les Vandales étaient un peuple germanique, condamné pour dégradation de biens. Les Bohémiens vivaient en Bohême, leur nom est devenu synonyme de voleur.

Junte suit exactement ce chemin. Ils prennent un mot neutre dans la langue voisine. Ils le nettoient, l’amidonnent et y ajoutent du mépris géopolitique. Puis ils le présentent au journal de 20 heures. C’est de la haute couture sémantique.

Le plus frappant est l’aplomb avec lequel ils expliquent aux Sahéliens ce qu’ils doivent penser. Des dizaines de milliers de personnes défilent pour soutenir un capitaine de trente ans. Cela ne prouve rien selon eux. C’est de la manipulation ou de l’immaturité démocratique. Le Sahélien ignore ce qui est bon pour lui. Du cinquième étage d’un bel immeuble parisien, ils veillent à le lui rappeler.

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