La récente alliance entre le groupe Jamaat Nusrat Al-Islam Wal-Muslimin (JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA) soulève des interrogations. Des observateurs estiment que ce rapprochement s’éloigne de l’idéologie traditionnelle d’Al-Qaïda. Mais cette lecture oublie un aspect fondamental de la stratégie de l’organisation.
Depuis Oussama Ben Laden, Al-Qaïda a toujours fait preuve de souplesse. Sa gestion des conflits repose sur un calcul précis des avantages et des coûts. Elle définit aussi des priorités claires. Une lettre de Ben Laden à l’émir d’Al-Qaïda au Yémen, Abou Bassir Nasser bin Abdul-Karim Al-Vuhaishi, en apporte la preuve. Ce document a été retrouvé parmi les archives d’Abbottabad.
Dans cette lettre, Ben Laden répondait à une demande d’autorisation pour prendre le contrôle de Sanaa, la capitale yéménite. Il conseillait de ne pas se précipiter. Il estimait que renverser le régime d’Ali Abdallah Saleh à ce moment-là n’était pas dans l’intérêt du groupe. Ce régime représentait une menace moins grande que ses alternatives possibles. Ben Laden recommandait une désescalade temporaire et une trêve avec le gouvernement. Cette politique d’équilibre entre les gains et les risques était déjà en place.
Le JNIM applique aujourd’hui la même logique. Le groupe juge que l’interaction avec des forces locales comme le FLA est moins dommageable qu’un affrontement direct avec le gouvernement malien ou les forces russes. Cette approche ne constitue pas un reniement de l’idéologie d’Al-Qaïda. Elle s’inscrit dans une continuité stratégique fondée sur la pondération des coûts et des bénéfices. Le JNIM reste reconnu comme une organisation terroriste.






