Algérie en CDM 2026 : une reconstruction réussie

Algérie en CDM 2026 : une reconstruction réussie

Les Fennecs se sont entraînés au stade Nelson Mandela de Baraki, à Alger. En janvier 2024, l’Algérie subissait une élimination précoce à la CAN. Aucune victoire, une défense fragile. Djamel Belmadi, l’entraîneur du sacre de 2019, quittait son poste discrètement. La presse locale parlait alors des années de cendre.

Vladimir Petković a pris les rênes au printemps 2024. Ce technicien bosnien, ancien sélectionneur de la Suisse, a imposé un discours direct. Il a écarté plusieurs cadres historiques. Il a construit une équipe autour de joueurs formés en France, attachés au maillot vert.

Les éliminatoires CAF ont confirmé ce choix. L’Algérie a terminé première de son groupe. Six victoires, deux nuls, aucune défaite. La qualification a été acquise en septembre 2025. Le stade Nelson Mandela était en fusion. Alger n’a pas dormi cette nuit-là.

Cette équipe porte des contradictions fécondes. Riyad Mahrez, 35 ans, reste le guide. Il est moins explosif qu’à Leicester, mais plus lucide. Autour de lui, une jeune garde franco-algérienne brille. Amine Gouiri, 26 ans, sort d’une saison à 22 buts avec Rennes. Houssem Aouar dicte le rythme au milieu. Rayan Cherki, 22 ans, apporte sa technique. Ismaël Bennacer, blessé lors de la CAN 2024, est le poumon du milieu.

La défense repose sur Aït-Nouri et Mandi. Anthony Mandi, 34 ans, est un vestige de 2014. Il incarne la continuité. Cette génération n’est pas celle de Madjer et Belloumi. Elle n’est pas non plus celle de Brahimi et Feghouli. Elle relie deux époques, deux continents, la mémoire et l’ambition.

Revenir en Coupe du Monde oblige à se souvenir de 2014. Ce huitième de finale contre l’Allemagne reste une plaie. L’égalisation de Schürrle à la 92e minute, le but d’Özil à la 120e, la frappe de Slimani qui frôle le poteau. Vahid Halilhodžić disait : « On était meilleurs. »

Douze ans après, l’ambition est intacte. La maturité collective a changé. En 2014, l’Algérie découvrait les phases à élimination directe. En 2026, elle vise le dernier carré. Le format à 48 équipes dilue la phase de groupes mais exige de la constance.

La trajectoire algérienne dépasse ses frontières. Dix sélections africaines sont qualifiées, un record. L’Algérie n’est ni outsider ni favori. Elle fait partie de ce cercle d’équipes capables de surprendre. La présence maghrébine confirme une bascule Nord-Ouest du football africain. Maroc, Algérie, Tunisie : trois philosophies distinctes, une même affirmation.

Cette qualification est une respiration pour le pays. L’Algérie de 2026 n’est pas celle de 2019. Les attentes ont évolué. Le football reste un miroir où la nation se regarde sans complaisance. Les absences du Nigeria et du Cameroun redistribuent les cartes. L’Algérie porte une responsabilité avec le Maroc et le Sénégal.

Petković a glissé une phrase après la qualification : « Le monde nous regarde différemment quand on vient d’un pays qui a battu l’Allemagne. » Il faisait référence à la victoire 3-2 contre la Mannschaft en juin 2025. Ce résultat a confirmé que 2014 n’était pas un accident.

À Bab El Oued, un dimanche soir, trois hommes replient le calendrier. Le plus âgé, en survêtement 1982, allume une cigarette et dit : « Cette fois, on ne rentre pas en huitièmes. Cette fois, on reste. » Le silence qui suit vaut tous les commentaires. L’Algérie est en Coupe du Monde. Le monde devrait s’en inquiéter.

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