Addictions au travail : les causes sociales analysées par Roger Zerbo

Le docteur Roger Zerbo, sociologue-anthropologue, a présenté une analyse des addictions en milieu professionnel. Il travaille à l’Institut des sciences des sociétés (INSS) du CNRST. Son exposé a eu lieu lors du Forum africain des technologies de la santé, de la sécurité et du bien-être au travail (AFRISST), du 2 au 4 juillet 2026 à Ouagadougou. La communication s’intitulait « Marginalité juvénile comme déterminant des addictions et des abus de consommation des substances psychoactives dans les milieux de travail ».

Zerbo utilise le concept de « marginalité juvénile » pour dépasser les approches médicales. Il met en lumière les processus sociaux, économiques et familiaux. Ces processus fragilisent une partie de la jeunesse. Ils rendent les jeunes plus vulnérables aux conduites addictives, même au travail. Il interroge les mécanismes d’exclusion et de précarisation qui touchent les jeunes au Burkina Faso.

Pour Zerbo, la marginalité est une notion essentielle pour comprendre la consommation de substances. Il s’inspire des travaux de Serge Paugam, Pierre Castel et Émile Durkheim. La marginalité renvoie à une rupture des liens sociaux, pouvant mener à la désaffiliation. Elle désigne l’exclusion des jeunes des normes sociales, scolaires ou professionnelles. Elle résulte de la pauvreté, des fractures familiales ou des défaillances des systèmes éducatifs.

Zerbo précise que la marginalité n’est pas une situation statique. C’est un processus complexe, construit historiquement et socialement. Il se manifeste par un décalage entre les normes dominantes et les comportements déviants. Zerbo cite le chercheur Howard Becker.

La déviance est aussi le produit d’un étiquetage social, où certains comportements sont définis comme « hors normes » par la société elle-même.

Le nombre de jeunes âgés de 15 à 24 ans est passé de 90,8 millions en 1980 à 230 millions en 2015. Il devrait atteindre 293 millions en 2025 et 535 millions en 2065, selon les données des Nations unies. Au Burkina Faso, environ 64% de la population a moins de 24 ans. Près de 78% a moins de 35 ans, et environ 45% a moins de 15 ans, d’après l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) en 2022. Cette démographie jeune, combinée à une urbanisation rapide, accentue les défis d’insertion sociale et professionnelle.

Plusieurs facteurs concourent à la marginalité juvénile. L’urbanisation rapide favorise l’exode rural et les activités informelles. Les jeunes sont exposés à des conditions de vie instables. Un autre facteur est social. L’individualisation croissante des rapports sociaux fragilise les structures collectives. Les jeunes issus de milieux défavorisés sont touchés par le chômage et la précarité. Les fractures familiales jouent un rôle déterminant. La désaffiliation sociale peut conduire à la consommation abusive de substances psychoactives.

En Afrique subsaharienne, le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans est estimé à 8,9% entre juillet 2024 et juillet 2025, selon la Banque mondiale. Dans le monde professionnel, la marginalité juvénile est visible. Les jeunes font face à une double vulnérabilité : leur maturation sociale et les exigences du marché du travail. Cela se traduit par des formes de débrouille comme les petits métiers informels ou le travail de nuit.

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