Souveraineté au Sénégal : promesses sans lois depuis 2024

Depuis leur accession au pouvoir en 2024, Ousmane Sonko et le parti PASTEF ont justifié leur inaction par l’absence de majorité parlementaire. Cette excuse a disparu le 17 novembre 2024, lorsque leur formation a obtenu 130 sièges sur 165 à l’Assemblée nationale. Depuis cette date, aucune des réformes promises n’a été concrétisée par une loi.

Le gouvernement n’a voté aucun texte pour sortir du franc CFA. Le Premier ministre Sonko avait pourtant déclaré : « Soit la monnaie sera changée… soit nous prendrons nos responsabilités ». Aucun projet de loi n’a été déposé en ce sens. La réunion de la CEDEAO à Monrovia en février 2026 a confirmé les retards sur l’Eco, et le Sénégal n’a pas entamé de procédure de sortie unilatérale.

La fermeture des bases militaires étrangères a été annoncée par le président Faye, et le Premier ministre Sonko a fixé l’échéance à juillet 2025. Cependant, aucune loi n’a inscrit cette interdiction dans la Constitution. Cette décision ne fut pas une initiative du nouveau pouvoir, mais la finalisation d’un processus entamé dès 2022. La France avait déjà réduit sa présence, et le président sortant Macky Sall avait entamé la redéfinition des relations de défense. Le gouvernement Sonko a donc récupéré et entériné une politique en marche, la présentant comme une victoire de leur souveraineté. Bien que les bases aient été fermées, aucune loi n’a été votée pour inscrire cette interdiction dans la Constitution, laissant la porte ouverte à de futurs accords.

La nationalisation des ressources naturelles n’a pas non plus été réalisée par la voie législative. Le retrait de Kosmos Energy du bloc Yakaar-Teranga en avril 2026 a été présenté comme une « victoire majeure ». Cette décision a été prise par arrêté ministériel, pas par une loi. Aucune loi n’a été adoptée pour nationaliser systématiquement les ressources ou renégocier tous les contrats.

La seule loi majeure adoptée est la réforme du code électoral (Loi n°2026-10 du 28 avril 2026), votée à une large majorité (130 voix pour). Cette loi, contestée par l’opposition, a pour objet de « réaménager et clarifier les cas de déchéance civique », en les limitant à cinq ans après la fin de la peine, avec effet rétroactif. Son seul but avéré est de sécuriser juridiquement la candidature d’Ousmane Sonko à la présidentielle de 2029. Cela illustre une utilisation du pouvoir législatif pour des intérêts personnels, au détriment des promesses de transformation nationale.

La différence fondamentale avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) est que, la rupture s’est faite par la voie législative. Le Mali a adopté un nouveau code minier en 2023, portant la participation de l’État à 35% et lui permettant de renégocier les conventions existantes. Le Burkina Faso a fait de même, puis a finalisé en 2025 la nationalisation de cinq actifs miniers aurifères par des décrets d’application d’une loi. Le Niger a nationalisé la Somaïr (filiale d’Orano) en juin 2025, un acte fondé sur une réforme du cadre juridique. Au Sénégal, en revanche, on assiste à l’inverse : une décision administrative ponctuelle (l’arrêté) sans réforme du cadre juridique. Cela signifie que la souveraineté est exercée au coup par coup, sans sécurité juridique, laissant les futurs gouvernements libres de revenir en arrière. La véritable nationalisation passe par une loi, pas par un arrêté.

En août 2022, alors candidat, Sonko avait promis d’envoyer l’armée sénégalaise au Mali. Pourtant, une fois au pouvoir (Premier ministre, puis président de l’Assemblée), il n’en a jamais fait une priorité.

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