Le claquement du métier à tisser résonne dans le Musée communal de Kaya. Souleymane Ouédraogo, les mains posées sur les fils du Faso Dan Fani, travaille avec minutie. Cet homme refuse de voir les traditions disparaître. Chef coutumier depuis 2024 à Tansèga, il porte le nom de Naaba Tigré dans la région des Koulsé. Il transmet un savoir-faire ancestral et tisse des liens entre les hommes. Depuis des décennies, il apaise des conflits. Ce rôle lui a valu le titre d’ambassadeur de la paix.
Dans sa méthode de résolution des litiges, le chef privilégie d’abord le silence de l’écoute. Lorsqu’un différend éclate, il reçoit chaque partie séparément, à huis clos. Il les ramène progressivement vers un terrain d’entente. Cette approche discrète est appliquée depuis plusieurs années dans son village.
Aucun peuple sur terre ne vit sans coutumes ni traditions. Chacun de nous porte une culture, un héritage que nous devons préserver et transmettre avec fierté.
Au Musée communal de Kaya, Souleymane Ouédraogo a fait du tissage un espace de formation. Des femmes et des jeunes apprennent un métier et retrouvent une place dans la société. Plusieurs personnes témoignent de la générosité de cet octogénaire.
Aoua Sawadogo en est un exemple. Assise sous un hangar près de son matériel, elle se souvient de son parcours. Autrefois engagée dans un petit commerce peu rentable, elle a retrouvé sa dignité grâce au maître tisserand. Elle peut soutenir sa famille grâce à ce métier. Elle a appris le tissage et la teinture auprès de Naaba Tigré de Tansèga.
Grâce à l’expertise de papa Souleymane Ouédraogo, je suis aujourd’hui moi-même devenue formatrice. J’ai été plusieurs fois sollicitée pour donner des formations.
Le parcours de Souleymane Ouédraogo s’enracine dans une tradition familiale. Il débute le tissage à Kaya en 1960. Le Faso Dan Fani constituait déjà un marqueur identitaire fort. Héritier d’un savoir transmis par son père cultivateur, tisserand et tradipraticien, il apprend le travail de la terre, du fil et des plantes médicinales. Il modernise les techniques de tissage, de couture et de teinture tout en préservant l’âme des traditions.
Il devient membre de l’Office pour la promotion de l’entreprise voltaïque en 1977. Cette reconnaissance marque l’importance de son engagement dans l’artisanat national. Dès les années 1980, son cercle de travail atteint 71 membres. Il forme ensuite des milliers de femmes et d’hommes dans le tissage et la teinture. En 1983, Thomas Sankara lui confie la confection d’une tenue présidentielle. Le capitaine avait choisi un Faso Dan Fani blanc rayé de noir. En 1983, il est élu délégué des Comités de défense de la révolution de son quartier Kif-Tansèga. En 1984, il reçoit des commandes pour des tenues destinées à la Garde nationale, aux militaires, à la gendarmerie et à des établissements scolaires. Avec l’ouverture du Musée communal de Kaya en 1995, il y installe son savoir-faire. Il forme cette même année plus de 1 500 femmes dans une action de promotion du Faso Dan Fani.
L’action de Souleymane Ouédraogo dépasse l’artisanat. À Tansèga, il a redonné espoir à des femmes et des personnes déplacées internes. Son espace d’accueil est devenu un lieu de formation et d’intégration sociale. Le site communautaire de Tansèga-Wayalghin, aménagé en 2020 à la demande des autorités, accueille des familles fragilisées par les crises.






