SIPEN-UEMOA : un expert décrypte les enjeux du numérique

Du 13 au 15 juillet 2026, Ouagadougou a accueilli le Salon international des professionnels de l’économie numérique de l’UEMOA (SIPEN-UEMOA). Cet événement a réuni des acteurs du numérique autour de la transformation digitale, de l’innovation et de l’intégration régionale. Dr Asrafil Safilidin Keré, enseignant-chercheur en économie numérique, a livré son analyse sur le sens et le déroulement de cette rencontre.

Pour Dr Keré, ce salon se tient à un moment clé pour l’Afrique de l’Ouest.

« Je pense que ce salon arrive à un moment particulièrement important pour notre sous-région. L’Afrique de l’Ouest connaît une accélération de la transformation numérique ces dernières années, avec le développement de la monnaie mobile, le développement des fintechs, ou encore l’intelligence artificielle qui est donc le sujet de ce SIPEN, et le développement des services numériques que nous avons constaté en visitant les stands. »

Il ajoute que la question n’est plus de savoir si les économies vont se numériser, mais comment elles le feront. Le salon permet de rassembler pouvoirs publics, entreprises, chercheurs, investisseurs et régulateurs.

« Il est essentiel que l’UEMOA parle d’une seule voix sur ces questions, car le numérique dépasse la question de frontières. Et quand on parle de cybersécurité, il n’y a pas de frontières. »

Interrogé sur les systèmes de paiement électronique, Dr Keré a estimé que la principale contribution du SIPEN est de créer un espace de dialogue pour tous les acteurs de la chaîne de valeur numérique. Les paiements électroniques ne reposent pas uniquement sur la technologie, selon lui.

« Il y a des règles communes à définir, il y a une confiance à construire pour les utilisateurs. Il y a également la nécessité d’avoir des infrastructures performantes, d’avoir une interopérabilité entre les systèmes et, surtout, une coopération régionale. »

Concernant l’inclusion financière, le chercheur a rappelé que le taux d’inclusion dans les services financiers traditionnels atteint seulement 20 à 30 % dans les pays de l’UEMOA. Les barrières sont nombreuses : éloignement des agences, documents requis, faible alphabétisation, complexité bancaire ou motifs religieux. Les innovations numériques lèvent ces obstacles.

« Aujourd’hui, avec ces innovations financières, toutes les barrières sont levées. Par exemple, un simple téléphone permet déjà de recevoir un salaire, de payer des factures, d’épargner. »

Les solutions présentées au SIPEN, comme l’intelligence artificielle et les paiements instantanés, peuvent bénéficier aux femmes, jeunes entrepreneurs et populations rurales.

Dr Keré a également identifié trois défis pour l’adoption des paiements électroniques. Le premier concerne les infrastructures de base.

« Sans Internet et l’électricité, rien ne peut marcher. Donc, il faut que le gouvernement travaille, ou encore les gouvernements de la sous-région travaillent donc à augmenter l’accès à Internet dans la sous-région à moindre coût. »

Le deuxième défi est la confiance. Tout système de paiement repose sur elle. Les utilisateurs doivent être convaincus que leurs données et leur argent sont protégés. Le troisième défi est l’éducation numérique. Une fracture numérique importante subsiste dans les pays de la zone.

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