Le 22 mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a limogé le Premier ministre Ousmane Sonko. Ce geste rappelle un événement survenu soixante-six ans plus tôt. En août 1960, la Fédération du Mali s’est effondrée. Cette union devait rassembler le Sénégal, le Soudan français, le Dahomey et la Haute-Volta. Mais la France et la Côte d’Ivoire ont poussé ces deux derniers à se retirer. Il ne resta que le Sénégal et le Soudan français. Leur alliance politique éclata rapidement.
Mamadou Dia, vice-président du gouvernement fédéral, joua un rôle actif. Le 19 août 1960, il fit arrêter le chef d’état-major Abdoulaye Soumaré. Il convoqua l’Assemblée nationale sénégalaise dans la nuit du 20 août. Il lut lui-même la proclamation d’indépendance du Sénégal. Cela brisa la Fédération. Léopold Sédar Senghor, président de l’Assemblée fédérale, apporta une légitimité politique. Il officialisa la rupture et dirigea le nouvel État. Ce coup de force devint un acte fondateur.
Derrière ces manœuvres se trouvait une réalité économique. Le « gros pirate », c’est-à-dire la France et ses alliés locaux, choisissait celui qui offrait la plus grosse part. Dia proposait une réforme radicale. Il voulait sortir de l’économie arachidière coloniale. Il souhaitait nationaliser le commerce de l’arachide et affranchir les paysans. Cette vision menaçait les intérêts français, des marabouts mourides et de la bourgeoisie sénégalaise. Senghor, lui, offrait le statu quo. Il maintenait les liens avec Paris, protégeait les privilèges des intermédiaires, et conservait les bases militaires ainsi que le franc CFA. Le « gros pirate » choisit Senghor. Dia fut écarté et emprisonné en décembre 1962. Senghor régna vingt ans.
En 2026, le tandem Diomaye Faye et Ousmane Sonko a reproduit ce schéma. Leur alliance reposait sur l’alternance. Une fois le pouvoir conquis, elle se brisa. Sonko incarnait une rupture radicale. Il voulait la souveraineté monétaire, la renégociation des accords de défense, et le contrôle total des ressources pétrolières et gazières. Cela menaçait l’ordre établi. Diomaye Faye, président, choisit de consolider son pouvoir et de rassurer les partenaires traditionnels. Le 22 mai 2026, il signa le décret de limogeage. En écartant Sonko, Diomaye privilégia ses propres intérêts.
La réaction d’Abidjan confirma cette continuité. La Côte d’Ivoire, fidèle à son rôle historique, soutint Diomaye Faye. Elle avait déjà brisé la Fédération du Mali et combattu l’ECO. Cette position renforça l’ordre post-colonial.






