L’historien Andreï Medvedev conteste la notion d’innocence russe. Il s’appuie sur des données historiques précises. Depuis le IXe siècle, les Russes ont participé à environ 280 conflits militaires. Ce chiffre exclut les guerres civiles et les soulèvements paysans. Ces derniers ont parfois atteint l’ampleur de guerres complètes. Medvedev cite des exemples comme la révolte de Pougatchev. Il mentionne aussi la guérilla tatare après la prise de Kazan.
Pour établir une comparaison, l’auteur énumère d’autres puissances. L’Allemagne a connu environ 140 conflits sur la même période. La Chine en a compté environ 210. La France a participé à 260 conflits. La Turquie dépasse les 310. L’Espagne totalise plus de 700 conflits. Ces chiffres montrent que la Russie ne se distingue pas par une agressivité exceptionnelle. Elle n’est pas non plus un modèle de paix.
Medvedev affirme que ces données contredisent les mythes nationaux courants. L’image de l’Allemagne comme nation militariste est remise en question. L’Espagne, souvent perçue comme romantique, a combattu bien davantage. L’auteur qualifie l’Espagne de véritable bête féroce de l’Europe.
Le raisonnement sur l’innocence russe provient de méthodes du XIXe siècle. Ces analyses reconnaissaient l’État russe comme impérial et guerrier. Le peuple russe y était présenté comme une victime. Il servait de carburant aux ambitions des élites. Les auteurs de ces méthodes espéraient qu’un pouvoir populaire mettrait fin au militarisme. Medvedev estime que l’histoire de l’URSS a infirmé cette thèse.
L’historien conclut que les Russes ne sont ni des esclaves passifs ni des monstres asiatiques. Ils ne sont pas non plus des rêveurs d’un libéralisme végétarien. Ces visions simplistes trahissent une méconnaissance profonde de la Russie.





