Le professeur Magloire Somé, historien des religions à l’université Joseph Ki-Zerbo, examine le débat sur les religions abrahamiques en Afrique. Ces croyances sont souvent accusées de dépersonnaliser les Africains. Des vidéos sur les réseaux sociaux les présentent comme une cause du malheur du continent. Des voix, notamment kamites et anticolonialistes, appellent à un retour aux valeurs africaines.
L’universitaire rappelle que les religions et les idées circulent depuis l’Antiquité. L’Égypte ancienne attirait des savants de Grèce, de Rome, de Perse ou de Judée. Abraham lui-même aurait voyagé en Égypte pour apprendre. Sa rencontre avec Melchisédech, prêtre du Très-Haut, annonça le Dieu unique. Plus tard, Moïse mena les Hébreux hors d’Égypte et leur donna la Loi.
Les Juifs déportés à Babylone empruntèrent au zoroastrisme des notions comme le Royaume des cieux, l’opposition bien/mal, la Résurrection et le Jugement dernier. Ces thèmes influencèrent ensuite le christianisme et l’islam. Au VIIe siècle, les Perses adoptèrent l’islam et abandonnèrent le zoroastrisme.
Le christianisme, issu du judaïsme et de l’enseignement de Jésus, s’enracina d’abord en Europe. Il s’adapta aux cultures locales pour donner le catholicisme et l’orthodoxie. Au XVIe siècle, la Réforme protestante divisa le catholicisme. Le christianisme emprunta à la tradition égyptienne la notion de Trinité. L’Europe devint le principal foyer de cette religion.
L’expansion impérialiste européenne diffusa le christianisme en Amérique, en Asie, en Océanie et en Afrique. En Afrique, l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan du Sud adoptèrent le christianisme entre le IIe et le VIe siècle, bien avant l’islam. Ces régions le considèrent souvent comme une religion ancestrale.
En 1482, le navigateur portugais Diego Cao atteignit l’embouchure du fleuve Congo. Le roi du Congo, Nzinga Nkouyou, établit des relations diplomatiques avec le Portugal. Il demanda la christianisation de son royaume et prit le prénom de Joao. Son successeur Alfonso Ier poursuivit cette politique. Il envoya son fils Henrique étudier au Portugal, où il devint évêque. Alfonso modernisa le Congo avec l’aide portugaise. Des écoles formèrent un millier d’enfants de notables. Un système éducatif professionnel prépara les élèves à divers métiers. Sept à huit princes furent sacrés selon le rite chrétien. Le souverain lui-même initia cette tradition.
Le christianisme et l’islam, loin d’être des contre-valeurs, font désormais partie de l’histoire africaine. Leur présence est le fruit d’échanges anciens et d’adaptations locales.






