Recyclage de plastiques : des femmes de Ouagadougou risquent leur santé

Une décharge d’ordures près du cimetière de Toudbwéogo, à Ouagadougou, est devenue un lieu de survie. Des femmes veuves, déplacées internes ou mères sans emploi y fouillent chaque jour. Leur objectif est de trouver des sachets plastiques à revendre. Ce travail, bien que dangereux, retire des tonnes de plastiques des déchets.

En juin, un camion-benne déverse une cargaison d’ordures. Aussitôt, une dizaine de femmes et de jeunes se précipitent. Certaines glissent, d’autres se bousculent. Les plus rapides espèrent attraper des sachets plastiques. Le précieux sésame est le sachet plastique. Des tricycles et des camions se succèdent chaque jour. De 9h à 13h, trois camions et sept tricycles ont déversé leurs détritus.

Des silhouettes féminines courbées avancent entre les tas de déchets. Parmi elles, des veuves, des femmes âgées, des personnes déplacées. L’odeur âcre des matières en décomposition et le bourdonnement des mouches emplissent l’air. Chacune cherche sa part de survie. Leur présence ne répond pas seulement à une nécessité économique. En récupérant des centaines de kilogrammes de plastiques, elles réduisent la quantité de déchets dans l’environnement. Ce rôle écologique discret s’exerce dans des conditions d’extrême pauvreté.

Mamounata Ouédraogo est une habituée de l’endroit. Le dos courbé par la dureté du travail, elle marque des pauses fréquentes.

« J’ai actuellement un mal de dos qui me fatigue, mais je suis obligée de venir ici chercher de l’argent. En récoltant les sachets, je peux avoir 300 francs CFA ou un peu plus pour manger. Mais si je devais mendier, ce n’est pas évident de les avoir »,

explique-t-elle.

« Vous voyez ces enfants et ces femmes qui sont ici, c’est faute de travail. Ici, il y a des veuves, des déplacés, et chacune se débrouille pour survivre. Si des bonnes volontés souhaitent nous venir en aide avec du travail, cela va nous aider à quitter cet endroit »,

ajoute Mamounata Ouédraogo.

Hier Mariam Compaoré n’a obtenu que 7 kilogrammes de sa collecte. Cela équivaut à un revenu de moins de 1000 francs CFA. Derrière chaque sac rempli de plastique se cache une histoire de précarité. Passer les journées dans la décharge n’est pas un choix, mais une option à la mendicité.

L’installation de la saison des pluies transforme la décharge en terrain hostile. Les déchets imbibés d’eau deviennent plus lourds. Les sachets plastiques se collent à la boue et à l’humidité. Sous la surface jaunâtre du sol argileux se dissimulent des dangers sanitaires. Les femmes plongent leurs mains vers l’inconnu. Un morceau de verre, une boîte métallique rouillée, des seringues usagées ou des flacons provenant de structures sanitaires apparaissent parfois. Rien ne sépare les déchets dangereux des ordures ordinaires. La plupart des femmes travaillent sans équipement adapté. Certaines portent de fins gants en plastique déjà usés. Beaucoup fouillent directement à mains nues. Les chaussures fermées sont rares et leurs pieds s’enfoncent dans la boue.

Mariam Compaoré, ramasseuse de sachets plastiques, connaît ces risques. Mère célibataire de six enfants, elle arrive chaque matin à la décharge dès 6h. Elle ne rentre qu’au coucher du soleil.

« Je suis à Ouagadougou depuis une vingtaine d’années, mais je viens chercher les sachets ici depuis deux ans. Je viens pour avoir de quoi manger et payer la scolarité de mes enfants »,

explique-t-elle. Les gains sont maigres, mais cela l’aide à survivre.

« Parfois, les tessons de bouteilles nous blessent. Avec du sel et de la potasse, on soigne la plaie »,

lance-t-elle. Dans son récit, Mariam évoque les blessures comme des incidents ordinaires.

Une grande quantité de déchets médicaux est déversée dans la décharge. Cela représente un grand danger pour ces femmes.

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