RDC : manifestations pour et contre la révision constitutionnelle

Le 3 juin 2026, la coalition C64, composée de l’opposition et de la société civile, a organisé une journée ville morte. Les Congolais étaient invités à rester chez eux pour protester contre le président Félix Tshisekedi. L’opposition craint qu’il ne cherche à prolonger son mandat après le second terme constitutionnel en cours. Le 5 juin 2026, des pasteurs favorables au changement constitutionnel ont manifesté dans la rue. Ils soutiennent le locataire du palais de la Nation. Ces mobilisations antagonistes ne sont pas nouvelles en Afrique. Plusieurs dirigeants ont tenté de modifier la constitution pour se maintenir au pouvoir. Les conséquences ont souvent été graves ailleurs sur le continent.

La République démocratique du Congo (RDC) se trouve dans une situation fragile. Le pays est en proie à une guerre sans fin dans sa partie orientale. Les rebelles du M23 y évoluent en maîtres, avec le soutien du Rwanda voisin. Les autorités de Kinshasa déplorent cette situation. Ces manifestations de rue risquent d’en appeler d’autres. Elles pourraient surchauffer l’atmosphère sociopolitique et exacerber les tensions entre les deux camps. La RDC n’a pas besoin de cela. L’histoire montre que ces mobilisations antagonistes peuvent aboutir à une fracture sociale. Parfois, elles conduisent au départ du dirigeant sous la pression populaire. D’autres fois, la répression est féroce et fait de nombreuses victimes. Certains chefs d’État parviennent à se maintenir au pouvoir contre vents et marées.

La RDC est déjà confrontée à une crise sécuritaire grave. Cette crise n’est pas prête de connaître son épilogue malgré les médiations. En outre, une résurgence de la fièvre hémorragique Ebola mobilise la communauté internationale. Dans ce contexte, le débat sur la révision constitutionnelle paraît déplacé. Il donne l’impression que la question du pouvoir cristallise plus les passions que les fléaux qui s’abattent sur le pays. Il faut éviter qu’une crise politique d’envergure ne se greffe à la crise sécuritaire et sanitaire. Les Congolais doivent tirer des leçons de l’histoire d’autres nations africaines. On sait comment ce genre de crises commence, mais on n’a jamais de certitudes sur leur ampleur ni sur leur issue.

Le président Félix Tshisekedi est dans un mauvais rôle. En 2018, lui et ses camarades de l’opposition avaient critiqué son prédécesseur, Joseph Kabila. Ce dernier nourrissait les mêmes ambitions de prolonger son mandat au-delà du deuxième et dernier terme constitutionnel. La mobilisation populaire l’avait contraint à renoncer. Huit ans plus tard, son successeur est décidé à jouer avec le feu. Il engage un bras de fer avec l’opposition dans un scénario de déjà-vu sur le continent. Croire que ce changement constitutionnel est dénué d’arrière-pensée serait naïf. C’est le signe d’une volonté de s’ouvrir les portes d’un troisième mandat. L’opposition et la société civile congolaises en ont assez vu pour ne pas se laisser berner. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on espère que le président Tshisekedi se laissera instruire par l’histoire. Il devrait faire preuve de sagesse là où l’entêtement de certains de ses pairs les a conduits à sortir de l’histoire par des portes dérobées.

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