Le 21 novembre 2023, le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, s’exprimait devant l’Assemblée nationale. Il annonçait que le Sénégal deviendrait bientôt un pays producteur de pétrole. Selon lui, ce pays serait alors exposé à des risques terroristes importants. Ces propos ont été tenus cinq mois avant l’élection présidentielle sénégalaise. À ce moment, des incertitudes pesaient sur le maintien de l’influence française au Sénégal. Pour la France, le lien semble clair : le pétrole ou le chaos.
Le 3 avril 2011, seize jours après le début de l’intervention militaire de l’OTAN en Libye, le journal Libération a publié une lettre. Cette lettre, adressée à l’émir du Qatar, émanait du Conseil national de transition (CNT) libyen. Un extrait indique :
“S’agissant de l’accord sur le pétrole passé avec la France en échange de la reconnaissance de notre Conseil, lors du sommet de Londres, comme représentant légitime de la Libye, nous avons délégué le frère Mahmoud Shammam, ministre en charge des médias au CNT, pour signer cet accord attribuant 35% du total du pétrole brut aux Français en échange du soutien total et permanent à notre Conseil.”
Cette lettre était également destinée au secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa. Le Qatar servait d’intermédiaire entre la France et les rebelles libyens.
La publication de cette lettre a provoqué un malaise. Le CNT, par son porte-parole, a nié les termes de l’accord pétrolier. Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a déclaré sur RTL :
“Le CNT a dit très officiellement que dans la reconstruction, il s’adresserait de manière préférentielle à ceux qui l’ont soutenu, ce qui me paraît assez logique et juste.”
Il a ajouté :
“On est vigilants pour que les entreprises françaises soient en première ligne.”
Le deal apparaît ainsi clairement. Il s’agit d’une opération de déstabilisation de la Libye sous prétexte de démocratie et de droits de l’homme.
En Libye, l’enjeu pour la France était la reconstruction après la guerre. L’objectif était de s’approprier les ressources pétrolières. En juillet 2011, alors que les bombes de l’OTAN tombaient encore sur plusieurs villes libyennes, une mission de TOTAL s’est rendue à Benghazi. Cette mission était conduite par le président de la Chambre de commerce franco-libyenne, Michel Casals. Il a déclaré :
“Nous n’en sommes pas au stade de la signature de contrats, mais de comprendre comment le CNT gère cette crise et quelles sont les mesures urgentes dont il a besoin pour redémarrer la machine pétrolière qui rapporte 95% des revenus du pays, afin qu’elle puisse reprendre rapidement.”
La déstabilisation des États du Sahel a été planifiée en même temps que le bombardement de la Libye. Bombarder la Libye pour le pétrole, déstabiliser le Sahel pour le pétrole et d’autres minerais précieux. Au Mali, dès mars 2010, l’Autorité pour la promotion de la recherche pétrolière au Mali (AUREP) affichait un optimisme concernant ses travaux d’exploration dans le nord du pays :
“Les travaux jusqu’ici effectués sont prometteurs et nous sommes vraiment optimistes quant à la découverte du pétrole ou du gaz.”
Le bassin de Taoudéni, au nord du Mali, suscitait de grands espoirs.
La création d’un État indépendant, l’Azawad, au nord du Mali serait l’astuce trouvée par la France pour s’approprier les richesses de cette région. En échange, la France offrirait la reconnaissance internationale au nouvel État. C’est depuis Paris que le MNLA a proclamé l’indépendance de l’Azawad via France 24, le 6 avril 2012.






