Pénurie de bière à Ouagadougou : consommateurs et commerçants en difficulté

Depuis plusieurs semaines, certaines marques de bière disparaissent des maquis et bars de Ouagadougou. Cette pénurie touche surtout les produits de Brakina. Elle perturbe les habitudes des consommateurs. Elle complique aussi l’approvisionnement des tenanciers. Les prix augmentent dans plusieurs quartiers de la capitale.

Ce dimanche 7 juin 2026, à 16 h 30, un grand maquis près du rond-point de la Jeunesse, à Tampouy, accueille ses premiers clients. L’ambiance est calme. La musique joue à faible volume. Les discussions sont détendues. Kader Traoré (nom d’emprunt) boit une bière SOBBRA avec un ami. Ce n’est pas sa boisson habituelle. Comme beaucoup, il a dû choisir une marque disponible.

« J’ai demandé de la Beaufort et de la Castel Beer, mais on m’a répondu qu’il n’y en avait plus. J’ai donc pris une bière de la SOBBRA, que je n’ai pourtant pas l’habitude de consommer », confie-t-il.

Le gérant du maquis se repose après une longue tournée d’approvisionnement. Il est assis devant des casiers vides empilés. Il raconte ses difficultés des dernières semaines. « Je reviens de la Zone d’activités diverses (ZAD). J’ai pu trouver un peu de boisson », explique-t-il. Il refuse d’être filmé. Normalement, il s’approvisionne dans une cave proche. Maintenant, il doit parcourir plusieurs kilomètres pour quelques caisses. « Avant, je trouvais facilement de la boisson à Tampouy. Aujourd’hui, même les caves sont souvent en rupture. Cela fait plus d’un mois que c’est devenu mon quotidien », témoigne-t-il.

Au maquis « Turquoise », à Tampouy, Moussa Ouédraogo décharge une trentaine de caisses. Il les a obtenues après plusieurs heures de recherche. « Aujourd’hui, j’ai réussi à avoir trente caisses. Comme les arrivages sont irréguliers, j’ai préféré tout prendre », explique-t-il.

Dans un dépôt à Marcoussis, l’arrivée d’un camion de livraison provoque un attroupement. Commerçants et tenanciers se disputent les dernières caisses. « Nous avons vendu près de 80 caisses en moins de deux heures. Les clients attendaient déjà l’arrivée du camion avant même le début du déchargement », raconte un gérant anonyme. Une vendeuse repart avec deux caisses seulement. « C’est devenu un véritable combat pour obtenir de la bière. Nous sommes là depuis le matin », affirme-t-elle.

Dans une cave de Tampouy, une vingtaine de personnes attendent un réapprovisionnement. Certains sont assis sur des casiers vides. D’autres patientent dans une file d’attente. Tous ont été inscrits sur une liste selon leur heure d’arrivée. Wilfrid Kaboré, arrivé à 6h, occupe la huitième place. « Ils nous ont demandé de patienter d’abord », confie-t-il après plusieurs heures d’attente.

À Marcoussis, le maquis de la Renaissance subit cette situation. Les clients sont rares. Pour Arnaud Paré, responsable des lieux, la baisse de fréquentation est liée à la pénurie. « Depuis la fin des fêtes de fin d’année, l’approvisionnement est devenu très compliqué. Aujourd’hui, certains clients viennent, ne trouvent pas leur boisson habituelle et repartent ailleurs », regrette-t-il. Les coûts d’approvisionnement augmentent aussi les prix. « Avant, nous achetions le casier de SOBBRA entre 6 400 et 6 500 francs CFA. Aujourd’hui, il coûte jusqu’à 7 200 francs CFA. Nous sommes obligés de vendre certaines boissons à 750 ou 800 francs CFA », explique-t-il. Il ajoute : « Hier, du matin jusqu’à la fermeture, nous n’avons même pas réalisé 15 000 francs CFA de recettes. C’est très inquiétant. »

Un autre gérant justifie l’augmentation des prix. « Pour me rendre à la ZAD, j’ai payé 10 000 francs CFA de taxi. En plus, les fournisseurs ont augmenté leurs tarifs. Nous sommes obligés de répercuter une partie de ces coûts sur les clients », explique-t-il.

La Ligue des consommateurs du Burkina (LCB) confirme la pénurie de certaines marques de bière. Son président, Marcel Kouraogo, note que cette situation cause des désagréments pour les consommateurs et des pertes économiques pour les commerçants.

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