Nigeria : réformes fiscales face à une économie informelle

Le Nigeria a engagé en 2025 une série de réformes fiscales majeures. Le président Bola Ahmed Tinubu a signé quatre lois le 26 juin 2025. Ces textes visent à élargir l’assiette fiscale et à moderniser l’administration. L’objectif affiché est d’atteindre un ratio de recettes fiscales de 18 % du produit intérieur brut (PIB).

Le ratio actuel stagne à 8,2 % du PIB. Cette proportion est inférieure à la moyenne africaine de 16,1 %. L’écart persiste depuis plusieurs années. La structure de l’économie nigériane explique en partie cette faiblesse. Le secteur informel représente entre 55 % et 65 % du PIB. Une grande partie de l’activité échappe aux mécanismes de l’impôt. La base imposable reste donc étroite et concentrée sur quelques acteurs formels.

La dépendance aux recettes pétrolières constitue un autre facteur. Pendant des décennies, ces ressources ont réduit l’incitation à diversifier le système fiscal. Lorsque les cours du pétrole baissent, l’État manque d’instruments pour compenser les pertes. Les capacités administratives ont également été affaiblies par cette dépendance. Mobiliser l’impôt nécessite une administration capable d’identifier les contribuables et de recouvrer les sommes dues.

Parmi les quatre lois adoptées, le Nigeria Tax Act unifie des dispositions fiscales auparavant dispersées. Le Nigeria Revenue Service Act crée une nouvelle administration dotée d’une autonomie renforcée. Le Nigeria Tax Administration Act harmonise les procédures entre les niveaux de gouvernement. Le Joint Revenue Board Act établit un cadre de coordination entre les autorités fédérales, étatiques et locales.

Certaines mesures concrètes accompagnent ces textes. Les entreprises réalisant moins de 50 millions de nairas de chiffre d’affaires sont exonérées d’impôt sur les sociétés. Un système de facturation électronique est introduit progressivement. Ces dispositions visent à simplifier le système et à élargir la base imposable.

La réforme a suscité des oppositions avant même son entrée en vigueur. La nouvelle formule de répartition de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) a provoqué des tensions. Désormais calculée sur le lieu de consommation plutôt que sur le lieu de remise, elle défavorise plusieurs États du Nord. Le gouverneur de l’État de Borno a contesté la soutenabilité de cette réforme pour ses finances publiques. Des parlementaires ont tenté de bloquer l’adoption des textes. Les lois ont finalement été promulguées, mais les conditions de leur mise en œuvre restent disputées.

L’histoire fiscale du Nigeria montre que l’obstacle principal n’a jamais été l’absence de cadre légal. La fragilité de la base économique et administrative constitue le vrai défi. Une économie majoritairement informelle, des intérêts divergents entre les niveaux de gouvernement et une administration façonnée par la rente pétrolière limitent l’efficacité des réformes. Obtenir le consensus de 36 États aux trajectoires économiques différentes relève d’une logique politique distincte de la simple promulgation d’une loi.

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