Maroc 2026 : une équipe africaine bâtie dans la turbulence

Maroc 2026 : une équipe africaine bâtie dans la turbulence

Le 26 mai 2026, Mohamed Ouahbi a annoncé sa liste de 26 joueurs au Complexe Mohammed VI de Salé. Le football marocain sortait alors d’une période agitée. Le 5 mars, Walid Regragui avait quitté son poste, après une CAN 2025 décevante et des tensions internes jamais commentées par la Fédération royale marocaine. Achraf Hakimi avait salué sur les réseaux sociaux un « légende », affirmant que « sans lui, rien de tout cela n’existerait ».

Ouahbi, formé à la DTN, a hérité d’un groupe marqué par des blessures de dernière minute. Nayef Aguerd et Abde Ezzalzouli ont été remplacés par Marwane Saadane et Amine Sbaï. Mais l’équipe conserve une colonne vertébrale solide. Yassine Bounou garde les buts, Sofyan Amrabat anime le milieu, et Hakimi occupe le latéral droit, atteignant sa 100e sélection pendant le tournoi. Devant, Brahim Díaz, Ayoub El Kaabi et Soufiane Rahimi forment un trio offensif prometteur.

Vingt des vingt-six joueurs sont nés hors du Maroc, en France, aux Pays-Bas, en Espagne, en Belgique ou en Italie. Ce chiffre montre l’importance de la diaspora dans le football marocain. Ouahbi doit souder en quelques semaines des joueurs aux quotidiens et langues variés, mais unis par une même terre d’origine.

Le 10 décembre 2022, au stade Al-Thumama de Doha, le Maroc a perdu contre la France en demi-finale (2-0). Mais ce score importe peu. Pour la première fois, une équipe africaine avait atteint les demi-finales d’une Coupe du Monde. Ni le Cameroun de 1990, ni le Sénégal de 2002, ni le Ghana de 2010 n’étaient allés aussi loin. Cet héritage est à la fois une bénédiction et une malédiction. Plus personne ne voit le Maroc comme une curiosité. Mais tout résultat inférieur à un quart de finale serait perçu comme un échec. Hakimi, 6e au Ballon d’Or 2025, a déclaré avant le départ pour les États-Unis : « On ne va pas là-bas pour participer. On sait ce qu’on vaut. »

La préparation a été rigoureuse. Un stage en mars au Complexe Mohammed VI, puis un départ début juin vers les États-Unis, avec un match-test contre la Norvège. Ouahbi a gardé le 4-3-3 de Regragui, mais y a ajouté plus de verticalité et de transitions rapides, grâce à des joueurs comme El Khannouss et Saibari.

Le Maroc de 2026 n’est pas seulement une sélection de football. C’est un récit africain ambitieux et complexe. Un récit de diaspora assumée, de double culture revendiquée, de fierté nationale sans pureté ethnique imaginaire. Le Maroc est le premier pays africain qualifié pour ce Mondial, et le premier à avoir atteint les demi-finales quatre ans plus tôt. Cela force le monde à regarder l’Afrique autrement.

Dans le groupe C, face au Brésil, à l’Écosse et à Haïti, le Maroc n’était pas un petit poucet. C’était un quart de finaliste attendu, un adversaire redouté. Quand l’équipe a validé son billet pour les quarts, comme Hakimi l’avait promis, une onde de célébration a traversé le continent. De Dakar à Johannesburg, d’Abidjan au Caire, le Maroc a été fêté comme un grand frère qui réussit.

Reste une question lancinante : et si cette fois était la bonne ? Trente-six ans après le Cameroun de Milla, vingt-quatre ans après le Sénégal de Diouf, le Maroc de Hakimi pourrait devenir la première équipe africaine à jouer une finale de Coupe du Monde. Le match est encore devant. Mais l’histoire a déjà commencé.

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