Au Burkina Faso, les unions entre personnes de confessions différentes suscitent encore des débats et des oppositions. Les familles et la société exigent souvent une homogénéité religieuse. Pourtant, certains couples dépassent ces frontières pour s’unir. À Ouagadougou, Nina Somé et Ousmane Onadja vivent ensemble depuis quinze ans. Ils ont surmonté les préjugés sociaux et construit un espace de coexistence apaisée.
Le dimanche 23 mars 2026, à Bassinko, dans l’arrondissement Nº8 de Ouagadougou, le soleil se lève doucement. La paroisse Saint-Augustin s’anime pour la messe. Nina, sa Bible serrée contre elle, franchit le seuil du temple après un signe de croix. Elle s’installe sur un banc et attend la célébration. Chaque dimanche, elle vient ici avec ses enfants. Après trois heures de prières, elle quitte l’église, enfourche sa motocyclette et rentre chez elle.
À son arrivée, son époux Ousmane lui ouvre le portail. « Tout s’est bien passé à l’église ? J’espère que tu as prié pour nous tous », lance-t-il, sourire aux lèvres. Rien ne distingue ce couple des autres. Pourtant, leur histoire aurait pu ne pas exister. Ousmane est musulman, issu d’une famille profondément ancrée dans l’islam. Nina est chrétienne catholique, attachée à sa foi. Deux univers différents, que tout oppose dans les rites et les interdits. Mais ils ont choisi de conjuguer ces différences sans les opposer.
Ousmane raconte leur première rencontre à Zorgho en 2010. Il était enseignant et donnait des cours de renforcement. La petite sœur de Nina s’était inscrite. Un jour, Nina vint avec elle pour un exposé. « Dès que je l’ai vue, j’ai dit : voici ma femme », se souvient-il. Séduit au premier regard, il déclara ses intentions. Nina lui demanda de venir voir ses parents. C’était le passage obligé. Quand il arriva devant le portail, un chien le poursuivit. Sa grande sœur le sauva. Il eut les pantalons déchirés jusqu’au talon. « Je me suis dit qu’il faut que je fasse tout pour qu’elle devienne ma femme », dit-il en riant.
Ousmane mesura l’obstacle de la différence religieuse. Il se prépara à toute éventualité. Quand sa belle famille posa le problème, il resta constant. « Je leur ai dit que je ne trouve aucun problème à ce que ma femme soit chrétienne. Ce qui compte vraiment, ce n’est pas sa religion mais sa personnalité, la pureté de son cœur et surtout l’amour que j’ai pour elle », relate-t-il. Sa belle famille n’y trouva rien à redire. Sa belle-mère facilita les échanges. Les résistances s’estompèrent.
Le mariage se fit à trois endroits : à l’église pour la célébration chrétienne, à la mosquée pour la célébration musulmane, et devant le maire pour le mariage civil. Ousmane prit l’engagement de ne pas imposer sa croyance à son épouse. Il laissa à leurs enfants le choix de leur voie.






