Les transactions numériques transforment l’accès au financement. Une étude de la Banque mondiale parue en janvier 2026 établit un lien clair entre ces paiements et l’obtention de prêts. Le rapport, intitulé « Firm Credit Constraints and Electronic Payments: A Global Analysis », explique que les banques prêtent rarement sans connaître les revenus réels d’une entreprise. En Afrique, la majorité des échanges entre sociétés s’effectue encore en espèces. Les commerçants restent donc des inconnus pour les institutions financières. Sans historique de ventes vérifiable, le crédit leur est refusé, même en cas d’activité prospère.
L’étude a analysé 48 581 entreprises dans 101 pays. Elle révèle que 14,78 % des sociétés n’ont aucun accès au financement externe. 16,23 % supplémentaires n’y accèdent que partiellement. Au total, plus de 30 % des entreprises du secteur formel mondial manquent de crédit pour croître. Le constat est net : les entreprises recevant des paiements numériques (virement, mobile money, carte) ont bien plus de chances d’obtenir un prêt que celles utilisant uniquement le cash.
Le mécanisme est simple. Un paiement par mobile money ou virement laisse une trace numérique. La date, le montant et la fréquence s’accumulent. Ces données offrent aux banques une vision du chiffre d’affaires. Elles remplacent en partie les documents comptables que beaucoup de petites entreprises africaines ne produisent pas. Recevoir des paiements numériques réduit en moyenne de 3,3 points de pourcentage le risque d’exclusion totale du crédit. Cela représente 22 % de la moyenne observée dans l’étude.
La Banque mondiale précise que seuls les encaissements comptent, pas les envois. Les recettes renseignent directement sur les ventes et les revenus. Cette information intéresse les banques pour accorder un prêt. L’impact est plus fort pour les petites entreprises. Pour celles de moins de 20 salariés, la réduction du risque d’exclusion atteint 4 points de pourcentage. Pour les grandes entreprises, elle est inférieure à 2 points. Les sociétés sans comptabilité formelle ou à faible productivité bénéficient aussi davantage des paiements numériques.
Dans les pays pauvres, l’effet est encore plus marqué. L’impact des paiements numériques sur l’accès au crédit y est près de trois fois plus élevé que dans les pays riches. Là où les outils traditionnels d’évaluation manquent, l’historique numérique des transactions devient un substitut précieux. L’Afrique présente une situation unique : un déficit de services bancaires formels, mais une adoption massive des paiements mobiles. Selon le rapport annuel de la GSMA publié en mars 2026, plus de 1,4 milliard USD ont transité par les comptes de mobile money en Afrique en 2025. Cela représente une hausse de plus de 27 % en un an. Le continent abrite 52 % de tous les comptes de mobile money dans le monde et concentre 66 % de la valeur mondiale de ces transactions.
Ces flux sont une mine d’informations sur la santé financière des entreprises. Les banques l’exploitent encore peu. Certaines fintechs s’en sont déjà emparées. En Afrique de l’Est, 4G Capital utilise les données d’usage du mobile pour accorder des prêts aux petits entrepreneurs. Au Nigeria, Moniepoint combine encaissement numérique et crédit aux PME sur la base de leur historique de paiement. Une condition technique reste indispensable : l’interopérabilité entre systèmes de paiement. Un commerçant recevant des paiements via plusieurs opérateurs génère des données dispersées. Pour être utiles aux banques, ces données doivent être lisibles et consolidées.
« La moitié des systèmes de paiement instantané (IPS) africains relient désormais les banques, les opérateurs de paiement mobile et les fintechs via des plateformes inter-domaines », souligne le rapport « State of Inclusive Instant Payment Systems in Africa 2025 » d’AfricaNenda Foundation, publié conjointement avec la Banque mondiale.
Selon ce rapport, 36 systèmes de paiement instantané étaient actifs en Afrique en 2024. Ils ont traité 64 milliards de transactions pour une valeur totale de 2000 milliards USD. Dans les pays de l’UEMOA, la Banque centrale a fixé au 30 juin 2026 la date limite pour que toutes les institutions financières rejoignent la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI). Cette plateforme commune de paiement instantané a été lancée récemment.






