Depuis le 25 avril, la 22e édition de la Semaine nationale de la culture bat son plein à Bobo-Dioulasso. Le village des communautés attire de nombreux visiteurs. Chaque groupe ethnique y expose ses traditions. La communauté nuni y présente le Tampani, un tambour parleur sacré.
Une délégation venue de Léo anime ce stand. Jean-François Zio, président de la communauté nuni, en est le responsable. Il est assisté d’Ibrahim Salia. Selon M. Zio, le Tampani n’est pas un simple instrument de musique. C’est un objet sacré, conservé avec soin dans chaque village.
C’est un bien précieusement conservé dans chaque village pour des objectifs bien précis.
Le Tampani existe en deux versions, comme l’être humain : le mâle et la femelle. Il joue un rôle dans l’équilibre social. Les couples rencontrant des difficultés pour avoir des enfants peuvent l’invoquer. Sa fonction la plus surprenante reste la communication à distance.
C’était le cellulaire mystique en pays nuni. Quelle que soit la distance, lorsqu’un initié le fait retentir pour une situation, que ce soit de joie, de tristesse ou de danger, les personnes concernées reconnaissent automatiquement le message. Si c’est un décès, il y a une manière de jouer ; pour un mariage, c’en est une autre. Même à 200 kilomètres, si l’appel vous concerne, vous l’entendez et vous revenez.
En temps de guerre, le Tampani prenait une importance particulière. Son son signalait le danger. Il donnait aussi une force surnaturelle aux guerriers. M. Zio explique que l’initié qui l’entend voit sa puissance augmenter. Il revient alors défendre sa cité avec détermination.
L’objet obéit à des règles strictes. Seuls des initiés peuvent l’entretenir. Ibrahim Salia en est le gardien actuel. Chaque vendredi, le Tampani doit être joué, quel que soit le contexte. Il n’est jamais seul. Des tambourins, des castagnettes et des crochets l’accompagnent. Ces éléments sont aussi sacrés que le tambour.
La transmission de cet héritage pose un défi. La modernisation, l’école et les religions importées réduisent la pratique. Les jeunes ont moins de temps pour l’initiation. Certaines croyances diablisent ce patrimoine. M. Zio le déplore.
Aujourd’hui, les jeunes sont moins disponibles pour l’initiation. L’école ne permet pas de les avoir à temps plein, et certaines religions ont tendance à diaboliser ce patrimoine ancestral.
Malgré ces difficultés, la communauté nuni veut préserver son identité. Elle s’organise pour former la relève. M. Zio affirme travailler à cela et garde espoir.
Les Nuna, pluriel de Nuni, sont un sous-groupe des Gurunsi. Ils vivent surtout dans le sud du Burkina Faso, près du Ghana. Le pays nuni couvre environ 11 125 km². Il est entouré par les Sissala, les Kasena, les Moose, les Lela, les Winyè, les Bwaba et les Dagara. Cette communauté reste attachée à ses traditions ancestrales.






