La solution du Mali pourrait venir de la charte de Manden

Le Mali traverse une période d’incertitude politique. Une solution pourrait se trouver dans sa plus ancienne tradition politique. La charte de Manden, aussi appelée charte de Kurukan Fuga, date du XIIIe siècle. Son esprit offre une piste pour repenser la gouvernance et la réconciliation.

Adama Dembele, gestionnaire de programme à Open Society Foundations, explique cette idée. Ce ne sont pas les détails précis de la charte qui doivent guider le Mali. C’est plutôt sa logique de construction d’un consensus national tourné vers l’avenir. Kurukan Fuga ne pouvait pas prévoir les dynamiques politiques actuelles. Mais elle offre des principes essentiels pour repenser la nation et la dignité humaine.

La période de rupture que vit le Mali crée un espace pour une réflexion honnête. Les acteurs maliens doivent décider s’ils veulent un simple réaménagement institutionnel. Ou s’ils veulent repenser la gouvernance en puisant dans leur héritage politique. L’esprit de la charte de Manden se distingue comme un point de référence pertinent.

Depuis 2020, les autorités de transition ont organisé des consultations nationales. Ces dialogues ont mené à l’adoption d’une nouvelle constitution en 2023. Mais les résultats restent ancrés dans l’architecture politique de l’après-indépendance. Le même cadre a été révisé à la marge, sans être repensé en profondeur.

La charte de Kurukan Fuga est née en 1236, après une décennie de conflits violents dans la région de Manden. Les clans victorieux, sous la direction de Soundiata Keita, ont choisi une autre voie que la force. Ils ont convoqué une assemblée pour définir des règles communes. Le but était de prévenir la répétition des conflits et de construire une paix durable. La charte a fonctionné comme un nouveau contrat social. Elle organisait la société et fondait le pouvoir sur la dignité, les droits humains et la cohésion.

Plusieurs de ses idées répondent aux défis actuels du Mali. Kurukan Fuga considérait la construction de la paix comme un processus social. Elle instituait des mécanismes comme les relations de parenté à plaisanterie pour désamorcer les tensions. Elle affirmait le droit à la vie et à l’intégrité physique. Même les ennemis ne devaient pas être humiliés. À une époque où les allégations d’abus ont érodé la confiance du public, cette approche rappelle que le dialogue est ancré dans les traditions politiques du Mali.

La charte de Manden plaçait aussi des limites claires à l’autorité. Des groupes sociaux spécifiques, les nyamakalas, étaient chargés de dire la vérité au pouvoir. Les dirigeants, malgré leur autorité, laissaient de la place à la critique. Cela les aidait à comprendre les griefs de la communauté et à répondre efficacement. La gouvernance était encadrée par une surveillance morale et sociale. Pour le Mali et les pays sahéliens, la sécurité et la cohésion sociale exigent un espace pour les perspectives diverses, surtout les voix dissidentes.

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