Une thèse de doctorat soutenue à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar remet en question l’efficacité des avantages fiscaux en Afrique subsaharienne. Le 29 avril 2026, Winnémi OUEDRAOGO, cadre à la Direction Générale de l’Économie et de la Planification, a présenté ses travaux devant un jury d’enseignants-chercheurs. Sa thèse, intitulée « Essais sur les incitations fiscales en Afrique subsaharienne », a été dirigée par les professeurs Chérif Sydi KANE et Omer S. COMBARY.
Depuis plusieurs décennies, les exonérations, congés fiscaux, zones économiques spéciales et taux réduits se sont multipliés dans la région. Ces outils visent à attirer les investisseurs et stimuler la croissance. Pourtant, les organisations internationales les critiquent pour leur coût budgétaire élevé, leur faible ciblage et les abus qu’ils génèrent.
La thèse propose une analyse en trois volets. Le premier examine le lien entre incitations fiscales et investissements directs étrangers. Le deuxième étudie leur effet sur la compétitivité internationale. Le troisième explore leur relation avec la croissance économique, en tenant compte du rôle des institutions.
L’auteur utilise des méthodes économétriques de panel et mesure les dépenses fiscales, c’est-à-dire le manque à gagner budgétaire. Cette approche permet d’évaluer le coût réel des régimes dérogatoires et leur rentabilité économique.
Les résultats montrent que les incitations fiscales attirent effectivement des investissements et améliorent la compétitivité. Mais leur effet n’est ni automatique ni universel. Dans les pays riches en ressources naturelles, l’impact des incitations sur les investissements directs étrangers est réduit. Les investisseurs y réagissent davantage aux rentes minières ou pétrolières et au contexte géopolitique.
Concernant la croissance, une relation non linéaire apparaît. Au-delà d’un seuil, l’effet marginal des incitations devient décroissant, voire négatif. Les pertes de recettes compromettent alors le financement des infrastructures et des services publics essentiels.
La qualité des institutions joue un rôle déterminant. Le contrôle de la corruption, l’efficacité gouvernementale et la stabilité politique renforcent les chances que les incitations fiscales se traduisent en investissements productifs et en gains de productivité durables.
Les incitations fiscales ne sont ni une solution miracle ni un problème absolu. Leur efficacité dépend de leur niveau, de leur ciblage sectoriel et du contexte institutionnel. Dans un contexte de rareté budgétaire et de besoins massifs d’investissement, cette thèse apporte des éléments factuels à un débat souvent idéologique. Elle montre que ces outils doivent être mesurés, ciblés, évalués et insérés dans un cadre institutionnel solide.






