Imam Ouédraogo appelle à la paix dans les foyers et services burkinabè

Le Burkina Faso a célébré la Tabaski le 27 mai 2026. Dans tout le pays, de Dori à Manga, de Fada N’Gourma à Bobo-Dioulasso, les discours ont insisté sur la paix et la cohésion sociale. Ces vœux sont récurrents depuis le début de la crise sécuritaire. Pourtant, les comportements quotidiens contredisent souvent ces aspirations. Dans l’espace public, certaines personnes utilisent la parole pour diviser et blesser. La haine et le dénigrement remplacent parfois le dialogue constructif.

L’imam Mahamoud Ouédraogo a dirigé la prière de la Tabaski. Dans son sermon, il a invité chaque fidèle à un examen de conscience. Il a rappelé que prôner la paix exige des actes cohérents.

« Il faut d’abord arrêter les rancunes entre nous, dans nos services, dans nos voisinages, dans nos domiciles. Nos efforts doivent commencer par là. Si on n’est pas capable de changer à ce niveau, on ne peut pas prétendre construire un pays, on ne peut pas prétendre travailler pour la paix de notre pays. Faisons l’effort donc de solder nos rancunes à ces niveaux, c’est ce que nous recommande d’ailleurs la religion », a-t-il encouragé.

Il a aussi encouragé la patience et la sérénité face aux événements, qu’ils soient heureux ou malheureux.

Sanoussa Gansonré, expert en organisation de réseaux associatifs et en police de proximité, a abordé le sujet en octobre 2024. Il a insisté sur la promotion de valeurs comme la tolérance, l’humilité, l’honnêteté et le pardon.

« Si on arrive à travailler pour que les gens puissent s’approprier ces grandes valeurs, et qu’ils se comportent exactement selon les enseignements de ces valeurs, on va arrêter tout ce qu’il y a comme débats inutiles, comme la haine vis-à-vis de l’autre, et chacun va assister l’autre par compassion, parce que nous sommes tous filles et fils de ce pays-là, nous voulons tous le bonheur de ce pays. Avec la compassion, la tolérance, le pardon, nous allons amener chacun à avoir un langage qui rassemble. Et tout le monde doit faire la promotion de ces valeurs-là », a-t-il présenté.

Pour M. Gansonré, l’éducation ne concerne pas uniquement les enfants. Elle doit aussi toucher les adultes. Il a expliqué que si les bases familiales manquent, la société doit proposer des conférences et des formations.

« Si on n’a pas pu avoir cette base au niveau de la famille, il faut qu’on trouve des mécanismes au niveau de la société à travers par exemple des conférences, des formations, pour qu’on puisse revisiter ces valeurs et renouer avec elles. Les gens parlent de ces valeurs, mais en réalité, personne ne peut vous détailler ces valeurs-là dans leur contenu. Il faut pourtant en arriver là. Lorsqu’on prend une valeur, qu’on en balise suffisamment et qu’on puisse apporter des récits édifiants dans ce sens-là. Qu’on puisse mettre en évidence les conséquences liées à telle ou telle perte de valeur, pour que les gens puissent avoir le cœur touché. Tant qu’on ne va pas toucher les cœurs et qu’on va rester dans les théories, en disant chaque fois que ceci ou cela est lié à des pertes de valeurs, sans dire comment se les approprier, ça va être peine perdue. Il faut montrer comment incarner ces valeurs ; comment on les acquiert, et travailler à ce que l’enfant qui naît puisse grandir avec des pensées équilibrées. Lorsqu’on prend ceux qui font le mal, si vous allez au fond, vous vous rendrez compte que c’est parce qu’au niveau familial, ils n’ont pas été bercés par ces valeurs-là. Si le papa n’a pas connu la tolérance, le pardon, l’amour, le partage, comment est-ce qu’il va pouvoir transmettre cela à son enfant ? Donc, en même temps qu’on doit travailler pour que les parents soient dépositaires de ces valeurs, on doit faire en sorte que les adultes qui sont également acteurs de la société puissent les connaître, se les approprier, pour qu’on soit en mesure de sortir de ces problèmes-là. L’éducation, c’est la base de tout. Lorsqu’on parle de cette éducation-là, c’est pour tout le monde. Lorsqu’on parle actuellement d’éducation, ne voyons pas seulement l’enfant ; c’est tout le monde qui doit être éduqué (même si on parle souvent de moralisation pour les personnes âgées, mais ça reste une question d’éducation) », a proposé le spécialiste.

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