Les résultats du CEP et du BEPC 2025 sont publiés au Burkina Faso. Le taux national de réussite au CEP atteint 95,23 %. Celui du BEPC s’élève à 54,06 %. Ces chiffres suscitent des félicitations pour les élèves, les enseignants et les parents. Cependant, le statisticien-économiste Bemahoun Honko Roger Judicaël propose une analyse plus nuancée. Il est chercheur principal à IPERSO. Il explique que les taux de réussite ne mesurent pas seuls l’efficacité du système éducatif.
Les classements reposent souvent sur des pourcentages. Or, un taux de 100 % avec 15 candidats n’a pas la même portée qu’avec 150 candidats. La robustesse statistique est plus grande quand les effectifs sont élevés. Comparer des pourcentages sans tenir compte des effectifs absolus conduit à des conclusions hâtives. Il faut examiner à la fois les taux et les nombres d’élèves.
Une autre variable importante est le nombre d’enfants en âge scolaire qui n’arrivent pas jusqu’à l’examen. La déperdition scolaire est un phénomène majeur. Un taux de réussite de 90 % dans une commune où beaucoup d’élèves abandonnent avant l’examen ne traduit pas une réussite collective. Cela peut révéler un système qui sélectionne les élèves avant l’épreuve finale. Analyser les résultats sans s’interroger sur la rétention des cohortes revient à évaluer seulement les « survivants ».
L’objectif d’une évaluation constructive n’est pas de savoir qui est premier ou dernier. La question est de savoir si un établissement a progressé par rapport à sa situation de départ. Un établissement qui visait 75 % et atteint 80 % réalise une performance honorable. Comparer mécaniquement des établissements dans des contextes différents a peu d’intérêt.
Les taux de réussite sont des indicateurs utiles, mais ils ne résument pas la performance d’un système éducatif. Il faudrait des indicateurs complémentaires. Par exemple, mesurer la proportion d’élèves admis rapportée à l’ensemble des enfants en âge théorique de la classe d’examen. Cela permettrait d’apprécier l’accès, le maintien et la réussite scolaire.
Les résultats aux examens sont une source de satisfaction. Mais une culture rigoureuse de l’évaluation exige de dépasser les classements basés sur les pourcentages. Les effectifs, les parcours scolaires et la capacité du système à conduire les enfants jusqu’à l’examen doivent être pris en compte. Les chiffres ont besoin de contexte pour révéler leur signification. C’est pourquoi, dans certains cas, 100 % n’est pas égal à 100 %.






