Dépression au Burkina : des combats intérieurs souvent ignorés

Depuis plusieurs mois, des rumeurs sur la dépression circulent sur les réseaux sociaux. Certaines personnes montrent des signes de mal-être. D’autres vont jusqu’au suicide. Il n’est plus rare d’apprendre qu’un jeune s’est donné la mort. Ces drames attirent l’attention sur la santé mentale. La dépression est une maladie qui touche des millions de personnes. Elle ne connaît ni âge, ni origine, ni sexe. Au Burkina Faso, elle reste entourée de préjugés. Certains la considèrent comme une maladie de riches ou de Blancs. Cette perception freine la recherche d’aide.

Les réseaux sociaux burkinabè annoncent souvent des décès tragiques. Les réactions sont nombreuses. La dépression ne frappe pas une catégorie sociale particulière. Elle se manifeste de manière différente selon les personnes. Le combat intérieur reste souvent ignoré par les proches.

E. B., institutrice à Nouna, raconte son histoire. Elle explique que la dépression s’est installée après des difficultés familiales. À 8 ans, elle a dû vivre loin de sa mère. Le climat familial est devenu pesant. Elle a grandi auprès d’une marâtre indifférente et d’un père peu affectueux. Son mariage n’a pas amélioré les choses. Son époux s’est montré absent.

Quand tu es bourré dans la tête, il faut te libérer et c’est dans l’envie de se libérer que l’opinion publique dit que l’on divulgue sa vie privée.

Elle ajoute :

J’ai grandi dans une famille où le dialogue n’avait pas sa place. Après une enfance difficile, plusieurs épreuves se sont enchaînées dans ma vie. Je me suis renfermée sur moi-même et, lorsque celui avec qui je partageais ma vie a cessé de donner des nouvelles et de s’occuper des enfants, je me suis retrouvée seule face à mes difficultés. J’ai essayé de lui expliquer ma souffrance, mais il ne semblait pas m’entendre. C’est ainsi que je suis tombée dans la dépression.

Mère de trois enfants, E. B. précise que ses difficultés ont commencé en 2021. Elle a sombré dans la dépression en 2024. Cette situation l’a transformée. Elle a envisagé le suicide.

J’étais constamment stressée. J’avais perdu du poids. Je ne pouvais plus m’observer dans le miroir. De plus, j’étais devenue agressive. J’étais arrivée à un stade où j’étais même une autre personne pour mes enfants et je préférais rester loin d’eux. Je voulais tout simplement mourir pour me libérer de ce poids.

Elle a consulté un médecin. Il lui a parlé de centres d’écoute, mais ils étaient loin. Elle a rejoint l’Association des femmes albinos du Burkina (AFAB). Une formation sur la santé mentale l’a aidée à s’ouvrir. Elle invite les personnes souffrant de dépression à ne pas abandonner. Elle demande aux proches de ne pas banaliser les signes de détresse.

À tous ceux qui vivent dans cette situation, sachez que rien ne vaut la vie. Battez-vous contre vents et marées pour ceux qui vous sont chers. Je demande aux proches de ne pas abandonner ceux qui souffrent de dépression. Soutenez-les sur tous les plans, car c’est une situation complexe et inexplicable.

Awa, un nom d’emprunt, vit à Koudougou. Elle souffre aussi de dépression. Elle espère que son témoignage aidera d’autres personnes.

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