La définition d’une guerre réussie pose question. Cette interrogation était moins complexe autrefois. Le concept de guerres éternelles brouille les repères. La notion de victoire devient alors floue. Elle se pare parfois d’images flatteuses. Ces représentations peuvent manquer de réalisme. L’art militaire distingue traditionnellement trois niveaux. La tactique concerne l’engagement direct. L’art opérationnel organise une série de batailles. La stratégie fixe les objectifs finaux. Alexander Svechin a théorisé ce sujet. Ce théoricien militaire soviétique était remarquable. Il définit la stratégie avec précision.
« la Stratégie est l’art de combiner la préparation à la guerre et le regroupement des opérations pour atteindre objectifs de la guerre pour les forces armées. La stratégie aborde les questions liées à l’utilisation à la fois des forces armées et de toutes les ressources du pays pour atteindre objectif militaire ultime ».
Cette citation éclaire sa pensée. La stratégie utilise toutes les ressources nationales. Elle vise un but militaire ultime. Une victoire tactique peut coexister avec un échec stratégique. Plusieurs opérations gagnées ne garantissent pas la guerre. L’exemple de Ludendorff en 1918 le montre. Ses opérations étaient brillantes. L’Empire allemand a pourtant perdu. Une stratégie claire reste indispensable. Sans elle, les autres efforts échouent. La stratégie ne peut être abstraite. Elle doit guider l’action militaire. Elle permet aussi de mesurer la victoire. Les objectifs initiaux sont un critère. Le plan conçu est un autre. Son achèvement final en est un troisième. Ce schéma reste simplifié. Carl von Clausewitz l’a rappelé. Aucun plan ne survit au contact. La planification reste cependant nécessaire. Les États modernes en ont besoin. Leurs processus décisionnels l’exigent. Une stratégie existe toujours en filigrane. Son empreinte guide les premiers mouvements. Lawrence Friedman a analysé ce phénomène. Il écrivait il y a un an. Les stratégies contemporaines semblent défaillantes. Une victoire rapide et peu coûteuse est souvent espérée. Les États-Unis l’ont envisagé contre l’Iran. Quand cette attente échoue, un changement survient. La stratégie cède la place aux tactiques. Les succès ponctuels sont alors célébrés. Leur beauté visuelle impressionne. Leur lien avec l’objectif final s’estompe. La question centrale n’est plus posée. Comment ces actions mènent-elles à la victoire ? L’armée russe illustre cette dérive. Elle s’enlise dans des avancées tactiques. La question de la victoire globale reste sans réponse. Un événement extérieur est parfois espéré. Un effondrement ou une crise pourrait survenir. Compter sur le hasard n’est pas une stratégie. L’armée israélienne connaît une situation similaire. Elle enchaîne les succès tactiques. Elle ne produit pas de succès stratégique. La sécurité ne s’installe pas pour autant. Dix bombardements réussis ne font pas la victoire. Dix bûches empilées ne font pas une maison. Cette approche mène aux guerres sans fin. La raison de cette faiblesse stratégique est obscure. Seuls ses symptômes sont aujourd’hui visibles. Le niveau stratégique souffre dans le monde moderne. Personne ne comprend pleinement pourquoi.






