Briser le tabou des menstrues à l’école à Tenkodogo

Une caravane de communication sur la scolarisation des filles a fait escale à Tenkodogo. Lancée le 18 avril 2026 à Dédougou, cette action se poursuit dans la région du Nakambé. Le lundi 27 avril 2026, la commune a accueilli cette opération. Elle est portée par le Cercle de concertation des ONG et associations actives en éducation de base. Les autorités locales des départements concernés collaborent à cette activité.

Une conférence publique a eu lieu au collège d’enseignement général du secteur Nᵒ 2. Le thème abordé était la santé et l’hygiène menstruelle en milieu scolaire. L’objectif était de briser les tabous pour garantir la dignité des filles. Innocent Sissao, chargé d’appui technique à la direction générale des appuis spécifiques, a animé cette rencontre. Il a d’abord évoqué un exemple personnel pour illustrer le tabou.

« Quand on a élaboré les outils techniques sur la promotion de la santé et de l’hygiène menstruelle à l’école, j’ai apporté le livret chez moi à la maison, que j’ai remis à une de mes filles, de lire. Lorsqu’elle a fini de lire, je lui dis de venir maintenant pour qu’on échange sur le livret. Là, elle s’est écriée : « Eh papa ! » Pourquoi ? Parce que pour elle, papa est un homme et les choses de menstrues ne concernent pas papa », a posé le conférencier.

Ce tabou existe à tous les niveaux de la société. Il est présent dans les familles, quelle que soit la profession des parents. M. Sissao a ensuite examiné avec les élèves les difficultés liées à la gestion des menstrues à l’école. Les menstrues perturbent les cours et provoquent des malaises. Les latrines ne sont pas spécifiques aux garçons ou aux filles. Le manque d’eau dans les écoles aggrave la situation. Les railleries ajoutent une pression supplémentaire.

Ces réalités ont des conséquences sur le parcours scolaire. Elles entraînent des absences répétées et parfois l’abandon des classes. Les filles souffrent de frustrations et d’un manque de confiance en elles. L’impact négatif dépasse le cadre familial. Il touche toute la nation par la déperdition scolaire des filles.

« Il est important que le tabou soit brisé pour garantir la scolarisation, la dignité de ces jeunes filles. Il faut donner à la jeune fille les moyens pour pouvoir poursuivre à l’école. (…). Les études ont montré qu’une fille sur dix, quand elle a ses menstrues, est obligée de rester à la maison. Les menstruations concernent toutes les filles. Mais la majorité rencontrent les problèmes de menstruations avant l’âge de treize ans, et elles sont très nombreuses. Celles qui les rencontrent un peu tardivement, c’est autour de seize ans. C’est une période un peu délicate pour la jeune fille, ce qui la rend un peu instable et que les parents n’arrivent parfois pas à comprendre », a expliqué M. Sissao.

Il a insisté sur la nécessité de rétablir la dignité des filles. Cela passe par la construction de latrines séparées. Les écoles doivent être dotées de points d’eau. Les serviettes hygiéniques doivent être disponibles. La politique nationale actuelle apprend aux élèves à fabriquer ces serviettes elles-mêmes. M. Sissao a prodigué des conseils aux filles et aux garçons. Il a exhorté les conseils d’école et les acteurs de l’éducation à prendre cette question au sérieux. Il a invité les élèves sans point d’eau à s’organiser pour en rendre disponible. Les responsables d’établissements doivent spécifier les latrines. Les garçons doivent éviter les moqueries et aider les filles.

« Les parents doivent s’investir, de sorte que même si la jeune fille voit ses menstrues, elle ne doit pas se décourager, se complexer, s’irriter, il faut l’accompagner », a-t-il adressé aux parents.

À la fin de la conférence, les élèves, le conseil d’école, les autorités et les responsables de l’éducation se sont engagés verbalement. Chacun a promis d’agir pour améliorer la situation.

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