Deux semaines après l’interdiction d’exporter du bétail, les prix de la viande restent élevés à Ouagadougou. Les bouchers et les consommateurs espèrent toujours une amélioration. La mesure du gouvernement burkinabè visait à garantir l’approvisionnement local et à réduire les coûts. Mais sur le terrain, le constat est mitigé.
Au marché de la Patte d’Oie, Mahamoudou Soré vend le kilo de viande sans os à 4 000 francs CFA. La viande avec os coûte 3 500 francs CFA. Ces prix n’ont pas changé depuis plusieurs mois. Nous achetons toujours le bétail cher. Rien n’a changé de mon constat, dit-il. Les vendeurs de bétail maintiennent des tarifs élevés, ce qui bloque toute baisse.
Au marché de Paglayiri, la situation est identique. Ibrahim Nikièma, boucher expérimenté, doute de l’efficacité de la mesure. Le bétail qui sort du pays n’est pas destiné à la consommation locale parce que ce sont des animaux très robustes. Ce sont des moutons de plus de 150 000 francs CFA qui sont exportés, et avec les bœufs c’est pareil. Si un boucher achète un mouton ou un bœuf à un prix aussi élevé pour vendre ici, il ne pourra même pas récupérer son capital, explique-t-il. Il estime que le pouvoir d’achat des populations limite les ventes de viande chère.
Ibrahim Nikièma note que l’exportation de bétail existait depuis longtemps sans causer de pénurie. Ceux qui exportent le bétail l’ont toujours fait, mais auparavant il n’y avait pas ce problème. Je pense que la question du manque de bétail se situe ailleurs, affirme-t-il. Il suggère une concertation avec les acteurs de l’élevage pour trouver des solutions durables.
Plusieurs étals sont vides à Paglayiri. D’anciens bouchers ont abandonné le métier, incapables de supporter les pertes. Vous voyez toutes ces places vides ? Elles étaient occupées par des bouchers. Beaucoup ont abandonné parce qu’ils vendaient à perte. Aujourd’hui, il y a des jours où un boucher peut perdre 20 000 ou 30 000 francs CFA sur son capital, confie-t-il.
Une cliente anonyme cherche des boyaux au marché de Paglayiri. Elle fait le tour des boucheries sans succès. Avant, ce n’était pas comme ça. C’est ici que j’achète habituellement ma viande. Beaucoup de bouchers ne viennent plus parce qu’il n’y a pas assez de bétail. Regardez un si grand marché et on ne trouve même pas de boyaux, regrette-t-elle.
Au marché de Larlé, les prix de la viande restent inchangés. Les bouchers interrogés tiennent le même discours : le bétail coûte cher. La mesure des autorités est saluée, mais ses effets tardent à se faire sentir. Certains espèrent que l’interdiction augmentera l’offre locale. D’autres estiment qu’il faut s’attaquer aux difficultés structurelles de l’élevage.
En attendant, consommateurs et bouchers subissent la flambée des prix et la rareté du bétail dans la capitale burkinabè.






