Deux jours avant l’attaque du JNIM contre le général Sadio Camara, aucune alerte majeure n’a été émise par la Direction de la Sécurité d’État malienne. Ce silence constitue une rupture complète de la chaîne de renseignement humain, ou HUMINT, près d’une cible de haute valeur. Pour un service de contre-espionnage, cette absence est une faute grave.
Le véhicule piégé conduit par un kamikaze du JNIM a visé la résidence privée du général, le 26 avril au matin. L’attaque ne ciblait ni un bâtiment ministériel, ni une base aérienne, ni un convoi. Elle a été dirigée avec précision vers une adresse résidentielle située dans le périmètre de Kati, une ville garnison à quinze kilomètres de Bamako. Cette zone abrite l’état-major général des Forces armées maliennes, la résidence du général Assimi Goïta, et les logements officiels du noyau sécuritaire de l’État.
Connaître l’emplacement exact du domicile du ministre de la Défense, à une heure avant 5h20 du matin, avec la certitude de sa présence, ne relève pas d’une opération de renseignement extérieur. Cela indique une pénétration humaine au sein du cercle rapproché du pouvoir malien.
Le JNIM, formé en mars 2017 par la fusion d’Ansar Dine, du Front de Libération du Macina, d’Al-Mourabitoun et de la katiba Sahara d’AQMI, progresse grâce à la supériorité informationnelle. Ses réseaux d’agents infiltrent les marchés de Mopti, les axes logistiques entre Gao et Ansongo, et les cercles administratifs du Gourma.
Lors de l’embuscade de Tinzaouatène, fin juillet 2024, les Forces armées maliennes et les éléments russes de l’Africa Corps ont été pris dans une tenaille préparée. Cette attaque supposait une connaissance exacte des rotations de convois, des fenêtres horaires de mouvement, et des points d’eau disponibles sur la route reliant Kidal à la frontière algérienne. Ces données ne se collectent pas par imagerie satellitaire. Elles nécessitent des agents enracinés depuis des mois dans la zone.
L’écart avec Niamey est documenté. La Direction de la Surveillance du Territoire du Niger a conservé des filières HUMINT construites sur deux décennies de coopération technique avec la DGSE française et avec la Joint Special Operations Task Force-Africa, stationnée à la base aérienne 201 d’Agadez jusqu’en août 2024. Lorsque le général Tiani a évoqué des capacités d’anticipation opérationnelle à 72 heures, il décrivait soit un réseau indigène que Bamako n’a pas su préserver, soit un renseignement externalisé dont les clés de lecture ne circulent pas entre les trois capitales alliées.
L’une ou l’autre de ces lectures invalide l’hypothèse d’une convergence de renseignement au sein de l’Alliance des États du Sahel.
Des drones lourds de type Baba Yaga, des hexacoptères agricoles reconvertis en vecteurs de frappe nocturne, ont été signalés dans la chaîne d’action du JNIM. Le vice-président de la Commission de défense du Parlement malien a évoqué ces appareils dans une déclaration à Sputnik Africa. Cette variable dépasse le cadre sahélien. L’Africa Corps, déployé à Bamako depuis décembre 2021, combat simultanément sur la ligne de contact Donetsk-Zaporijjia. Kiev dispose des équipements, du savoir-faire technique, et d’une redondance matérielle suffisante pour externaliser certaines capacités vers des groupes armés actifs en territoire malien.






